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Maria et les vies rêvées : S'écrire une histoire
Scène

Maria et les vies rêvées : S’écrire une histoire

« À quoi ça sert d’inventer des histoires, quand la réalité est déjà tellement incroyable », de s’enquérir l’un des personnages dans les premières minutes de la représentation.

S’il est vrai que la réalité dépasse souvent la fiction, ce vieil adage s’applique particulièrement bien à la dernière collaboration du Théâtre Sortie de secours et de l’Ubus Théâtre : Marie et les vies rêvées. À l’instar du triptyque acadien ayant aussi marqué les dernières programmations du Théâtre Périscope, ce texte de Philippe Soldevila emprunte l’avenue de la fiction biographique. Cette fois, c’est à travers les yeux de Marilda Carvalho (simplement devenue Maria, pour la scène) que le spectateur est invité à vivre le déracinement, la migration et les insurmontables défis de l’intégration à un nouveau pays.

crédit : Nicola-Frank Vachon

La véritable Marilda fait d’ailleurs partie de la distribution, jouant tantôt à la confidente, tantôt à la narratrice de sa propre histoire, reproduite devant nos yeux par Érika Gagnon, Éric Leblanc, Agnès Zachary et Henri Louis Chalem. Le récit non linéaire se déploie sur plusieurs niveaux de réalité, où des sauts dans le temps nous conduisent de l’enfance de Maria au Brésil jusqu’à son arrivée précipitée au Canada. Entre ces scènes biographiques, les comédiens délaissent leurs personnages pour s’interpréter eux-mêmes, questionnant directement Maria sur son passé, au milieu d’une entrevue qui aurait eu lieu en amont de la création de la pièce.

Malgré que cette mise en abîme soit intéressante, le nœud n’est pas si solide entre le mimesis et le diegesis, alors que les très nombreuses transitions et changements de personnage peuvent devenir étourdissants pour le spectateur. On devine que cette gymnastique de manipulations n’est pas de tout repos pour les comédiens, qui s’en sortent plutôt bien, une fois la convention bien installée entre la scène et la salle.

Biographie vivante

Avec cette approche qui flirte avec le théâtre documentaire, l’histoire rapportée s’avère pour le moins touchante et importante. Le texte de Philippe Soldevila ne s’intéresse pas tant aux enjeux sociaux de l’immigration qu’à l’humanité du récit, trop souvent oubliée entre les grands titres et les statistiques rapportées dans les médias. Maria et les vies rêvées s’amuse à observer le passé pour mieux comprendre le présent. Une tangente qui nous fait habilement passer de la candeur de l’enfance à la vie d’adulte teintée de doutes et d’engagement politique, ce qui constitue d’ailleurs un écho pertinent à l’histoire même du théâtre brésilien.

Au-delà des allers-retours sur la ligne du temps, on ne peut que faire preuve d’empathie pour la protagoniste qui se raconte sans filet. D’autant plus que la scène la plus poignante demeure celle où la « vraie » Maria entre en scène pour remplacer la comédienne, incarnant son propre rôle dans une scène de sa propre vie. Alors que les comédiens exécutent le salut final, la question nous trotte toujours dans la tête : à quoi sert donc de s’inventer des histoires, quand la réalité est déjà tellement incroyable?

Maria et les vies rêvées
Jusqu’au 30 mars
au Théâtre Périscope (Québec)
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