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Où tu vas quand tu dors en marchant…? : Fête au village
Scène

Où tu vas quand tu dors en marchant…? : Fête au village

À voir la qualité des propositions artistiques qui s’y retrouve, on peut affirmer qu’Où tu vas quand tu dors en marchant, qui souffle cette année 10 bougies, est devenu bien plus qu’une simple carte de visite pour le Carrefour International de Théâtre. 

C’est sur les berges de la sinueuse rivière St-Charles que les cinq nouveaux tableaux vivants font serpenter le public, de l’expérience immersive à la contemplation plus passive. Voici un tour d’horizon de cette nouvelle mouture coordonnée, une fois de plus, par le metteur en scène Alexandre Fecteau.

L’Anse à Vaillant : Poésie maritime

Les Incomplètes nous amènent de manière plus qu’efficace dans un petit village côtier, où les familles de marins se côtoient au son des vagues et des cloches des bateaux. Entre les cages à homard et l’air salin, on s’attache aux personnages même si la majorité d’entre eux ne disent rien… jusqu’à ce qu’une grande fête éclate et pour réunir toute la compagnie sur le quai, tel un choeur festif! De beaux moments sont à prévoir au sein d’une magnifique scénographie flanquée d’une muraille de conteneurs-écrans qui ouvre les regards vers l’immensité.  

Jack Robitaille dans L’Anse à Vaillant  (photo : Stéphane Bourgeois)

Points de suspension : Musée onirique

Ici, le pont Lavigueur se transforme en un espace où le rêve tourne au cauchemar, où l’art et la science se croisent, tout comme la créativité des concepteurs Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet. Plutôt expressionniste, cette portion du parcours donne à voir des segments plus acrobatiques, alors qu’on y aborde le thème de la gravité et de l’apesanteur. On y traverse même une exposition muséale vivante qui nous invite à tourner la tête vers les étoiles, à vivre une expérience d’envol. Mention spéciale à la musique magnifique jouée en direct au piano, une découverte qu’on nous garde pour la toute fin de la traversée.

Points de suspension par Karine Ledoyen et Ludovic Fouquet (photo : Stéphane Bourgeois)

Jeux d’échelles : Québec revisité

Vano Hotton s’est entouré d’une solide équipe pour ce tour décalé de la Capitale. Une série de modèles réduits de bâtiments emblématiques de la ville sont installés de part et d’autre de la piste cyclable qui borde la rivière. Le Centre Vidéotron, le Château Frontenac, le Complexe G, la Baie de Beauport et le Concorde font partie de cette série de sculptures qui font à la fois sourire et réfléchir.

Jeux d’échelles de Vano Hotton (photo : Stéphane Bourgeois)

Terre promise : Joyeux naufragés

S’il est vrai que nos campings québécois abritent leur lot d’objets kitsch et de personnages stéréotypés, Maryse Lapierre et Maxime Beauregard-Martin ont su tirer le meilleur du pire de ces spécimens. Installée sur le bord de l’autoroute, une galerie de protagonistes quasi clownesques semble vivre en autarcie sur un vaste terrain où poussent les flamands roses en quantité industrielle. Entre la salle de lavage commune, l’animateur de bingo et le danseur flamboyant, on a parfois l’impression d’être en plein coeur d’une fête foraine dont on a presque l’impression de faire partie.

Mary-Lee Picknell dans Terre promise   (photo : Stéphane Bourgeois)

Embâcle des sans-souci : Pollution sonore

Un tas de gros rebuts jonchent une rive de la rivière St-Charles. Rien de beau, rien de doux, rien de paisible dans ce court tableau dérangeant de Martin Bureau. La pollution visuelle, la pollution sonore…et la bande de fêtards qui se contentent de lever le volume pour ignorer le tout. Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre le commentaire que souhaite faire passer l’artiste.

L’embâcle des sans-souci de Martin Bureau (photo : Stéphane Bourgeois)

Encore une fois, c’est mission accomplie pour le parcours extérieur du Carrefour. Fecteau et son équipe de concepteurs réussissent à nous faire rêver, à nous déraciner de la réalité tout en dessinant des sourires sur les lèvres des spectateurs avant qu’ils ne repartent vers leur quotidien. Si on a un reproche à faire au spectacle déambulatoire, c’est peut-être celui d’employer la même formule dans la structure de ses tableaux depuis plusieurs années, nous permettant de qualifier certains passages de « typiques », voire d’un peu redondants, d’un genre qu’ils ont eux même instauré. On ne doute pas, cependant, que l’inventivité des créateurs d’ici continuera d’émerveiller les curieux pour de nombreuses années encore, avec des propositions toujours plus éclatées.

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