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Sissi : Écrire pour faire face à l'angoisse
Scène

Sissi : Écrire pour faire face à l’angoisse

En regardant la dernière pièce de Nathalie Doummar, présentée à la Petite Licorne, une vieille entrevue de Joan Didion avec le Paris Review me revenait en tête. Elle y expliquait qu’elle avait écrit son roman A Book of Common Prayer afin de faire face aux choses qui l’effrayaient. Dans l’écriture, il y avait pour elle une façon de trouver un sens à sa pensée, de mieux comprendre les événements qui se déroulaient autour d’elle. Difficile de ne pas voir dans l’écriture de Sissi ce même besoin d’éclairer les zones sombres des jalons de la vie.

Romy, alias Sissi (Nathalie Doummar), est une jeune mère qui souffre du syndrome de l’imposteur. Elle se lie d’amitié avec sa voisine (Élisabeth Sirois) qui lui semble mieux comprendre les rouages subtils de la maternité. De cette amitié s’ensuivra plus de réflexions et d’interrogations sur l’institution du couple (les conjoints sont interprétés par Mathieu Quesnel et Moustapha Aramis), sur la famille, sur les ambitions et les renoncements. Le personnage principal, affolé à l’idée de vivre un échec tant dans sa maternité que dans son couple, essaie de trouver des moyens de s’en prémunir. 

Si la mise en scène de Marie-Ève Milot est sensible et évite le mélodrame – là où il se sentirait chez lui -, le spectacle est avant tout un texte. Très tôt son personnage cite les influences de l’autrice; Anaïs Barbeau-Lavalette, Fanny Britt, Catherine Dorion, autant de phares dans les nuits de ses angoisses. On assiste donc à un théâtre personnel, un théâtre du doute, où l’autrice est en discussion avec elle-même à travers ses personnages. Cette suite de dialogues, plus souvent entre deux personnages, pose un regard analytique sur les consensus afin d’en démasquer les enjeux. Au fil des réflexions, le sens de la logique de Sissi, assoiffée d’absolus, se distord et la pousse à prendre des décisions dangereuses. La pièce est imparfaite puisque certains sujets auraient gagné à être approfondis davantage, mais il en émerge un portrait rafraîchissant et neuf des possibles à construire.

Il est réjouissant de voir se confirmer de nouvelles voix féminines dans un milieu qui tarde parfois à agir sur les valeurs progressistes qu’il véhicule. Avec Sissi, Doummar et Milot prennent des enjeux souvent péjorativement étiquetés comme étant féminins pour enfin prouver leur universalité.

Jusqu’au 29 novembre
au Théâtre La Licorne
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