

Soirées latines : ¡Mucha calor!
Il y a dix ans, les Montréalais ne savaient même pas ce qu’était la salsa. Aujourd’hui, ils se précipent dans les bars et les soirées où l’on peut se trémousser sur des rythmes latins. Comment expl iquer cet engouement?
Marcelo Gomez-W.
Photo : Benoit Aquin
"Suavemente, besame…", fredonne Patricia Marcotte en glissant une ultime fois le peigne dans sa chevelure. Un dernier regard dans le miroir, et ça y est, elle est maintenant prête à gagner la piste de danse du Cactus, la célèbre boîte montréalaise de salsa et de merengue. La soirée s’annonce caliente!
Comme bien d’autres amateurs de musique et de danse latines, Patricia fréquente régulièrement las discos latinas. "Lorsque je saute sur une piste de danse, tout mon corps est en transe. J’oublie tout et je me laisse aller, c’est comme une véritable libération, raconte Patricia. C’est inévitable, on met les pieds dans un bar latino et paf! C’est magique comme on se laisse emporter…"
Presque tous les week-ends, elle délaisse sa routine quotidienne et les tubes redondants des bandes FM pour décoller vers le Sud. Une margarita à la main, il ne lui suffit que de tendre l’oreille à quelques mélopées pour se croire dans un autre monde. "Les bars latinos me rappellent les vacances dans le Sud et la chaleur des Latino-Américains. Je n’ai qu’à fermer les yeux pour me rappeler quelques danses sous les étoiles du ciel mexicain", poursuit Patricia.
Où faire la fiesta?
Pour tous les amants de la musique latino, il est possible de se trémousser pendant toute la semaine à Montréal. Ça commence, le lundi, avec la soirée Salsarengue au Polly Esther’s (4238, boulevard Saint-Laurent). Le mardi, on se déhanche au Bar Saint-Laurent 2 (5550, boulevard Saint-Laurent) sur des airs de salsa et de compas, tandis que le lendemain, c’est au tour du Jello Bar (151, rue Ontario Est) de présenter une soirée latino. Le jeudi annonce déjà la venue du week-end au Copacabana (1201, boulevard de Maisonneuve Ouest) alors que les vrais accros de merengue se retrouvent à la Salsathèque tous les vendredis et samedis (1220, rue Peel). Pendant la fin de semaine, tous les goûts sont comblés: dans le Vieux-Montréal, les gais se donnent rendez-vous à l’Exotica (417, rue Saint-Pierre), tandis qu’au centre-ville, le 6/49 (1117, rue Sainte-Catherine Ouest) accueille des centaines d’amateurs des rythmes du Sud. Gardez-vous, toutefois, un peu d’énergie pour faire un saut au Conga Room (4158, boulevard Saint-Laurent), le dernier à s’être ajouté au carnet d’adresses des passionnés de musica latina.
Cependant, un des parquets les plus prisés de la métropole est celui du Cactus (4461, rue Saint-Denis). Intime, chaleureux et toujours bondé, ce lieu de rencontres jouit d’une place de choix dans le coeur des Latinos et des amigos montréalais. Le mercredi après minuit et du jeudi au samedi, on s’y balance allègrement au son du merengue, de la cumbia, du mambo, mais surtout de la salsa, la plus populaire des danses latines pratiquées à Montréal. Au Cactus, on ne fait pas que réveiller le danseur qui sommeille en vous avec des rythmes endiablés, mais on offre également sur place des cours pour apprendre les techniques de base de la salsa.
D’ailleurs, l’engouement pour les cours de danse est de plus en plus croissant auprès des Montréalais souhaitant apprendre l’abc du déhanchement. "La grande majorité de ma clientèle est francophone et elle ne cesse de s’accroître. Les élèves suivent des cours parce qu’ils en ont entendu parler par un ami, mais surtout à la suite d’un voyage dans le Sud", raconte Tony Rausseo, professeur de salsa, en précisant qu’il a même conçu des leçons spécialement pour les femmes. "Parce qu’elles sont plus nombreuses à suivre les cours de salsa que les hommes", explique-t-il.
La popularité est telle que les cours de danse latine ne sont plus offerts uniquement que dans les discos ou les centres de conditionnement physique, tels le YMCA ou le Club La Cité, mais aussi lors de soirées privées organisées un peu partout en ville. "De plus en plus, on me demande de présenter un spectacle suivi d’un cours de salsa offert aux invités; c’est une façon ingénieuse de mettre du piquant à la soirée et de donner aux invités un avant-goût de l’euphorie tropicale."
Le pourquoi et le comment
Mais d’où vient cet engouement soudain pour les danses lascives? Est-ce un effet de mode ou une plus grande ouverture aux cultures latino-américaines? Un peu des deux, croit Alberto Azpuru, gérant du Cactus. "Lorsque j’ai commencé à enseigner, il y a 11 ans, les gens m’appelaient pour savoir ce qu’était la salsa. Depuis, les temps ont bien changé." Selon lui, les voyages, les spectacles du Festival de Jazz ainsi que le cinéma ont contribué à faire mousser la popularité de la salsa et du merengue. "Il arrive souvent que les vacanciers reviennent d’un séjour dans le Sud avec la ferme volonté d’apprendre à danser en vue du prochain voyage. Mais il faut aussi comprendre que la popularité des danses latines n’est pas un phénomène qui envahit seulement le Québec; le monde entier vit au rythme de Gloria, d’Enrique, de Ricky, de Yuri et bien d’autres", affirme Alberto, avant de renchérir: "ll y a quelque chose dans la musique latine qui ne laisse personne indifférent: un son, un moment, un souvenir…"
Selon Tony, "c’est très spirituel et très charnel à la fois. La salsa comporte plus de dix instruments de percussion, il y en a au moins un qui viendra nous chercher au plus profond". En effet, la musique nous soulève et les noctambules en demandent toujours plus. "Tout a commencé avec les soirées Oyé! au Métropolis, une fois par mois, aujourd’hui, on ne fait que mentionner salsa ou merengue sur un dépliant promotionnel et ça attire les foules. La popularité des soirées latines croît sans cesse. On en organise chaque semaine un peu partout en ville et ça ne fait que commencer!" affirme Mauricio Hernandez, promoteur de soirées latines. Voilà quelques suggestions ardentes pour se réchauffer davantage par ces nuits froides d’automne. Suavemente besame…