

Daniel Boucher : Dix mille matins
Marsolais Patrick
Il y a quelques années, commentant son premier album, Ben Harper racontait qu’il était beaucoup plus difficile de s’inspirer du passé que de le copier. Contrairement à nombre de ses collègues québécois, Daniel Boucher véhicule exactement l’esprit des propos du chanteur américain. Plus proche de Charlebois que des Jardiniers, il nous a néanmoins fascinés, réinventant la tradition québécoise, plutôt que de s’en faire le simple écho.
À travers le vent de dithyrambes, unanime à saluer l’émergence d’un auteur-compositeur d’exception, on a peut-être oublié que Dix mille matins est la résultante d’un tandem qui compte également le réalisateur et guitariste Marc Pérusse. Celui-ci a su envelopper le talent brut du chanteur pour décupler son efficacité. Au final, l’interprétation de Boucher et les arrangements de Pérusse sont pratiquement devenus symbiotiques, dépendant l’un de l’autre pour atteindre l’efficacité maximale. Pour bien réussir sa mission, Marc Pérusse a pu compter sur un interprète exceptionnel, un chanteur qui se mue parfois en acteur, question de vivre plus intensément encore le contexte évoqué. Voilà pourquoi on souffre quand Boucher propulse son cri sur Aidez-moi, et qu’on frissonne quand il déjoue Mike Palmateer dans Boules à mites.
Dix mille matins nous aura également permis de découvrir un auteur singulier qui propose une approche littéraire aussi floue qu’expressionniste. Sur quelques chansons, il est probablement le seul à connaître la signification de ses textes, laissant à ses auditeurs le soin de construire leur propre univers. Une originalité que plusieurs artistes souhaiteront revendiquer un jour dans leur carrière, mais que Daniel Boucher a atteinte à son premier essai…