

Daran : Augustin et Anita
Marsolais Patrick
Le Québec, seul territoire où Daran connaît un minimum de succès, l’avait boudé dans ses chansons à caractère électro. À partir de ce constat, soyons honnêtes, notre homme n’avait guère le choix, et devait revenir à des pièces aux structures simples, à des arrangements dénudés, tout en sortant de son sac ses plus solides mélodies. De la chanson pop-rock à sa plus simple expression, avec tout ce qu’elle compte de clichés, certes, mais avec toute l’émotion dont elle peut aussi être porteuse. En clair: retourner labourer les anciennes plates-bandes ou abandonner le métier de jardinier pour de bon…
La bonne nouvelle, c’est que le Français ne s’est pas contenté de nous proposer quelques petits oeillets cheapo, mais s’est plutôt évertué à nous créer une flore aussi vitaminée que diversifiée. Dans sa globalité, Augustin et Anita est probablement son disque le plus intéressant, meilleur encore que Huit barré, qui nous avait pourtant mis dans tous nos états. Daran chante mieux, il n’a jamais été aussi cool, un état d’âme que s’est chargé de mettre en musique le guitariste Philippe Paradis grâce à une recherche de fines textures, où l’acoustique sert régulièrement de canevas de base à d’efficaces interventions électriques.
Bon, malgré tout ça, malgré un spectacle à faire pleurer les plus insensibles (son premier, pas son plus récent), malgré l’habituel concert de dithyrambes, allez savoir pourquoi, le disque de Daran n’a pas marché plus que ça. C’est con, après toutes ces années à écrire le même papier, on ne s’y fait toujours pas et on ne comprend pas pourquoi ce gars-là n’arrive pas à atteindre des chiffres de ventes un tant soit peu signifiants… Il y a des énigmes comme celle-là qu’il vaut mieux ne pas tenter de résoudre.