

Dave Douglas : Soul on Soul
Claude Côté
Dave Douglas
et son sextette célèbrent l’héritage musical de la pionnière Mary Lou Williams(1910-1981). Voilà comment on pourrait résumer le quinzième album du trompettiste américain de 37 ans. Douglas est de cette graine rare de musiciens pour qui le jazz n’a aucune frontière puisqu’il dirige pas moins de six formations, musicalement toutes diamétralement opposées. En épousant l’esprit de la pianiste-compositrice Williams, Douglas a su créer un disque de très haute tenue. Le soul injecté dans la structure des compositions n’est jamais trop apparent et laisse une place de choix à ses collaborateurs: le pianiste Uri Caine s’enflamme dans un solo épique sur la pièce-titre; le batteur Joey Baron matraque sans retenue ses caisses sur Waltz Boogie; tandis que le tromboniste Joshua Roseman prend plus de place sur Multiples. On trouve de plus Craig Tardy, qui alterne avec Chris Speed, aux saxophones et à la clarinette. Mais là où Soul on Soul brille le plus, c’est dans l’audace: Dave Douglas a composé la plupart des pièces en évoquant la compositrice au lieu d’offrir des reprises systématiques. Lumineux. Par exemple, en hommage, son Blue Heaven d’entrée regorge d’une foule de détails qui dévoilent la richesse des mélodies que proposait Williams. Par la suite, Douglas montre un côté plus latin sur Mary’s Idea, qui groove allègrement avec une alternance de solos. Et au-delà des idées, il y a l’exécution. Douglas propose un timbre sans faille ni agacement, ne coupe jamais complètement les ponts avec la tradition du bop et avec ses complices, multiplie les rythmiques impaires. À découvrir d’urgence si l’on aime être surpris et et se retrouver sens dessus dessous. (Claude Côté)