Kid Koala : Carpal Tunnel Syndrome

Kid Koala : Carpal Tunnel Syndrome

Si vous êtes de ceux pour qui les exploits des turntablists ne sont que des démonstrations égocentriques aussi inutiles et tape-à-l’oeil qu’un solo de batterie, le premier album de Kid Koala pourrait bien vous faire changer d’idée et même vous dérider, si vous possédez un tant soit peu d’humour et d’esprit ludique. Certes, le jeune D.J. montréalais a mis du temps pour nous offrir ces 38 minutes de bonne humeur. Mais comme le CD vient avec un livret contenant une bande dessinée délirante de la main même du Kid, ainsi qu’un jeu vidéo de sa création, on lui pardonnera.

Ce qui nous intéresse davantage, c’est le contenu de ce disque, qui a en laissé quelques-uns perplexes et a fait se décrocher la mâchoire à d’autres devant tant de dextérité juvénile. Rarement avait-on entendu aussi heureux mélange sur un même album: une cacophonie finement orchestrée de scratchs, de gloussements de poules, de dialogues ridicules, de yukulélé, de trompettes saoules, de violoncelles funky, de bruits urbains, de beats hip-hop en béton et j’en passe. Le tout assemblé et compressé de façon telle que même après plusieurs écoutes, on découvre encore de nouvelles subtilités. À entendre la multitude d’extraits de vinyles obscurs qui ont servi à son élaboration, on se dit que le Kid a certainement passé plus de temps à courir les ventes de garages qu’à squatter les boutique de disques spécialisées.

La plus grande qualité de ce disque est d’avoir réussi à orienter notre attention vers le plaisir pur alors qu’il est évident qu’il s’agit ici d’un travail de moine qui a dû donner à Eric San bien des crampes aux mains. Un album à la fois expérimental et divertissant qui devrait avoir une influence majeure sur notre façon de considérer le travail des D.J. hip-hop.