Les Chiens : La Nuit dérobée

Les Chiens : La Nuit dérobée

Le chemin parcouru par Éric Goulet (voix, guitare), Nicolas Jouannaut (basse) et Olivier Renaldin (batterie), depuis leurs débuts avec Possession Simple, semble s’appuyer sur l’adage Less is more. Chaque nouvel album marquait un pas supplémentaire vers l’épuration: après avoir viré les cuivres caractéristiques du "rock saxé" de Possession Simple, le trio se rebaptisait Les Chiens et s’affichait comme groupe rock tout court. Avec La Nuit dérobée, leur deuxième et meilleur disque, Éric Goulet et ses comparses découvrent les vertus du calme. Car s’il a toujours aimé l’indie rock à guitares, le chanteur n’a jamais caché son admiration pour Leonard Cohen et Neil Young. Ici, il s’approche de la poésie urbaine du premier (voir La Vénus du Mile-End) et de l’errance des grands espaces du second (Dormir au bord de l’autoroute). L’autre pôle de cet album résolument nord-américain, c’est Plume Latraverse, dont le groupe reprend la superbe Motel Horizon. Le rythme est lent et la voix d’une émouvante pureté, bien qu’elle soit souvent trafiquée, détournée et enveloppée de discrètes couches de claviers. Lorsqu’il se fait plus rock, comme dans L’Homme à la maladie, le groupe ne pèche pas par excès de solos inutiles ou de volume extrême. En fait, le groupe pratique un ascétisme qui pourrait le rapprocher, dans ses moments les plus calmes, d’un groupe comme les Red House Painters, avec qui il partage une pluvieuse mélancolie. Malgré ses histoires d’amour difficiles et ses climats orageux, il y a pourtant une lueur d’espoir dans ce tunnel. Et elle n’est pas nécessairement celle de la locomotive qui arrive.