Les Rita Mitsouko : Cool Frénésie

Les Rita Mitsouko : Cool Frénésie

Sept longues années séparent Cool Frénésie du précédent album studio des Rita Mitsouko, le très décevant Système D. Après un tel silence de la part d’un groupe qui nous a tant fait vibrer, voilà le genre de retour que l’on craint autant qu’on le souhaite. Les Rita, véritables icônes des années 80, allaient-ils pouvoir prendre place dans ce début de millénaire?

Dieu merci, Cool Frénésie n’est ni nostalgique ni bêtement à la mode. Si Les Rita se sont si merveilleusement bien intégrés à l’air du temps, c’est presque malgré eux. Les rares fois où ils ont essayé de jouer les rats de studio technoïdes, ils ont noyé le poisson. Mais sur Cool Frénésie, c’est tout le contraire: les effets électroniques sont limités au strict minimum. Catherine Ringer et Fred Chichin savent bien que pour faire une bonne chanson, il faut de bons grooves, pas de bonnes machines. Et des grooves, le duo parisien en a à revendre. De la pièce-titre quasi disco à Alors c’est quoi?, probablement la plus près de l’esprit de The No Comprendo, Les Rita sont toujours dans la danse. Ringer a beau s’interroger sur les effets du temps qui passe avec Femme de moyen âge, elle n’a rien perdu de sa fougue légendaire. Sa voix, plus maîtrisée mais toujours aussi acrobatique atteint des sommets lyriques sur La Sorcière et l’Inquisiteur, morceau aux accents moyen-orientaux. L’expérience lui permet aussi d’étonnants jets poétiques; et si elle se permet d’évoquer sans détour le souvenir de son père, juif polonais vétéran des camps de la mort (magnifique C’était un homme), elle ne perd jamais de vue le plaisir de la musique. Un disque à la schizophrénie assumée, une galette pour la tête et pour les pieds, à la hauteur de ce qu’annonce le titre.