

Québec pop : Nouelle vague
Marsolais Patrick
D’accord, nous sommes souvent les premiers à envoyer l’industrie musicale québécoise au bûcher. Mais soyons aujourd’hui bons joueurs, et admettons que les derniers douze mois ne furent pas totalement dénués d’intérêt. D’ordinaire si frileux, les labels québécois ont consenti à un peu de fraîcheur, cette fois jumelée à une pertinence commerciale certaine. La lumière au bout du tunnel? Pas si évident…
Bien sûr, il y a longtemps que l’underground québécois fourmille de petits labels aux produits intéressants, malheureusement distribués un peu tout croche. Le problème émanait plutôt de l’industrie dite "officielle"; où, pour un Bran Van, on devait se farcir huit Judith Bérard (une jeune femme sans doute très gentille, mais dont la musique ne possédait pas pour ainsi dire les attributs propres à titiller notre belle jeunesse). En bref, il nous semblait souvent que plusieurs décideurs n’en avaient que pour la clientèle adulte, et que nos ados, échaudés, se branchaient de plus en plus les oreilles sur les États-Unis.
Les douze derniers mois ont pourtant vu une importante quantité de nouveaux artistes émerger avec un premier disque de fort belle qualité. Rien d’archi-révolutionnaire, simplement du travail bien fait. Dans des registres différents, mais sous la même bannière du hip-hop, notons l’arrivée de Deux Faces le Gémeaux, de M.O.S.T., et surtout d’Yvon Krevé, un dur qui a su lever le voile sur une vulnérabilité certaine. Son Accent grave était à ce point attendu qu’il a atteint la première position des ventes dès sa première semaine de parution. L’électro a aussi fait son nid, et même Guy Cloutier y a mis du sien, en soutenant le trip-pop de Ten Zen et la house des Jardiniers.
La chanson québécoise s’est cette année enrichie de nouvelles têtes, porteuses d’avenues singulières. Pop-rock de qualité avec Richard Petit, elle s’acoquine aussi à sa cousine française sous la signature de Stefie Shock, pour s’éclater totalement quand interprétée par Daniel Boucher.
On a pu constater aussi que le rock québécois n’était pas toujours ancré dans les années 70. À preuve: la première galette de Projet Orange, un groupe à qui on a tout de suite reproché d’être un pastiche de Radiohead. Vrai que l’inspiration est évidente, tout comme l’est celle d’Oasis ou de Travis. Pourtant, on les aime bien, ces deux-là. Pas toujours facile d’être un band local… Venus III en est un autre qu’on a crucifié, sous prétexte qu’il s’agissait d’une copie de No Doubt. On aura oublié au passage que la formation de Québec écrivait de fort jolies chansons et qu’elle représente une redoutable machine de party. Idem pour Yelo Molo, d’ailleurs, un autre disciple ska dont le spectacle aux Francos en a convaincu plusieurs.
Bien sûr, on pourra toujours affirmer – avec raison – que le Québec est à la remorque des grands courants planétaires et que nos artistes sont toujours en retard de deux ans sur ce qui se fait ailleurs. C’est vrai, c’est normal, et ça ne date pas d’hier. Qu’on le veuille ou non, le fameux concept de mondialisation a débuté par la musique. On a tripé vraiment très fort sur les Beatles et sur Grease, pas sur les Hou-Lops et sur la trame sonore de Mon oncle Antoine… Qu’on s’y résigne: un territoire de sept millions de personnes peut difficilement soutenir une avant-garde à la fois fertile et rentable. Les labels regardent donc ce qui se crée ailleurs, et font de leur mieux pour toucher les nouveaux publics. C’est souvent raté, mais il arrive, comme cette année, que le niveau de qualité soit assez élevé.
Est-ce que l’arrivée d’une station de radio comme Cool représentera un incitatif afin de poursuivre le travail amorcé? C’est à souhaiter parce que les chiffres de ventes de ces artistes émergents n’ont rien d’astronomique, et pourraient contribuer à ralentir les ardeurs de certains. Money talks… on ne vous apprend rien là-dessus. Mais comment reprocher à une clientèle boudée depuis plusieurs années de prendre quelques mois supplémentaires avant de rentrer au bercail?
Discographie sélective
Richard Petit
Kiss and Run
(Disque Double/Select)
Projet Orange
Projet Orange
(Vik/BMG)
Stefie Shock
Presque rien
(MultiPass/DEP)
Yvon Krevé
L’Accent grave
(Mont-Real/Musicor)
Les Jardiniers
Cafétéria
(Haute Couture/ PGC /Select)