

Ramasutra : The East Infection
Frédéric Boudreault
On a eu Lilison Di Kinara et Lhasa… Voici que se pointe un autre artiste qui pousse encore plus loin les limites du Québec multiculturel. Ancien membre d’un groupe punk, D.J. au Sona, Ramachandra Borcar, alias DJ Ram, a insufflé une bouffée d’exotisme dans la musique québécoise avec son premier disque, The East Infection, lancé en novembre 1999.
Attention: quand on achète The East Infection, il ne faut surtout pas se fier à la pochette. Oui, on plonge dans un univers aux sonorités indiennes et moyen-orientales, ce qui est normal puisque Borcar est né d’un père indien et d’une mère danoise. Mais il serait fort réducteur de se limiter à cette seule interprétation, tant ce disque regorge de surprises et de moments étonnants. La grande force de The East Infection, c’est justement son éclectisme. Dès les premières notes de The Story of O (avec son échantillonnage du célèbre film érotique), on pénètre dans un monde particulier, mystifiant, et on constate que Ram a su maintenir une certaine unité parmi ce melting-pot d’influences. Avec doigté, il passe du jazz dans Just Under Devotion (avec la voix de la reine du spoken word, Mitsiko Miller) au surf dans New Wave, du techno à la Massive Attack dans George… au plus atmosphérique dans Daisy ou Low. Et tout cela est ponctué d’une série d’échantillonnages judicieux, comme cet amusant extrait du film What’s New Pussycat.
Le plaisir qu’on retire de The East Infection ne s’est toujours pas fané, même après un an. Chaque détail, chaque son qu’on déniche s’avère être la grande richesse de ce disque. Borcar avouait en entrevue à notre collègue Patrick Marsolais qu’il avait pris un temps fou à agencer ce puzzle, qu’il pouvait passer des heures pour ajouter un petit son, et cela se sent. The East Infection est un album touffu et foisonnant, que l’on écoutera pendant encore plusieurs années. Avec Ramasutra, on s’éloigne enfin des guitares sèches et des groupes du terroir, et ça fait du bien.