St Germain : Tourist

St Germain : Tourist

L’une des énigmes de l’année fut sans contredit l’engouement du public pour Rose rouge, la premier single dévastateur du deuxième album du Français Ludovic Navarre, alias St Germain. Qui aurait pu prédire qu’un morceau amalgamant rythmes deep house, esprit jazz et échantillonnage vocal bluesé serait le thème officiel de l’été 2000? Pourtant, Rose rouge ne pouvait compter sur une structure musicale standard ni sur un refrain accrocheur. Mais plus la rumeur se faisait entendre, plus les nouveaux adeptes accrochaient à cette forme de transe jazzée.

On pourrait expliquer le phénomène en disant que St Germain a su respecter l’esprit festif du jazz, sans le côté intellectuel et mathématique que l’on y retrouve parfois. Navarre a mis cinq ans avant d’arriver à Tourist. Boulevard, son album précédent, avait créé toute une commotion dans le monde de la musique électronique, et chez les Britanniques en particulier, qui lui avaient décerné le titre d’album de l’année en 1995. Son respect des musiques noires et surtout du jazz, de même que leur intégration quasi parfaite à son vocabulaire clubbien, l’ont donc logiquement poussé vers la légendaire étiquette Blue Note. Cependant, pas question de faire un US3 de lui-même en pillant les archives monumentales du label; il préféra plutôt laisser sa musique respirer davantage, varier les tempos (seulement quelques pièces sont basées sur un rythme deep house conventionnel) et exploiter au maximum le potentiel de ses fidèles musiciens.

Il est encore trop tôt pour mesurer l’influence de St Germain autant sur les amateurs de jazz que ceux de musique électronique, mais il est certain que si sa réputation grandit au même rythme que l’envoûtement que crée Tourist, il aura sa place au panthéon des artistes rassembleurs.