

Stefie Shock : Presque rien
Nicolas Tittley
Sorti de nulle part (Saint-Léonard, en fait), Stefie Shock a d’abord piqué notre curiosité avec son tube Je combats le spleen, un drôle de morceau dansant que l’on pouvait croire fraîchement arrivé de France. On avait de quoi s’étonner en découvrant cette nouvelle étoile locale, qui se différencie de la masse d’auteurs-compositeurs québécois par une musique qui s’appuie aupréalable sur le rythme, sans pour autant délaisser les textes. Qu’il soit funk, électro, hip-hop, latin ou disco, le beat est roi dans cet amalgame savoureux grâce auquel la chanson s’installe dans les clubs. Malgré l’apparent éclatement, le tout est livré dans un emballage résolument pop, dont la réalisation, très léchée, a été confiée au Français Dimitri Tikovoï. À l’image d’un Étienne Daho, qui cherche depuis ses débuts à concilier une certaine tradition de la chanson française à une pop anglo-saxonne, c’est à Londres que Shock est allé enregistrer Presque rien. Plus planétaire que ceinture fléchée, l’homme chante dans un français "international" ("Sans accent!" notait avec étonnement un magazine français), mais ce ton correspond tout à fait à son attitude. Et si le phrasé, l’intonation et même le travail d’écriture rappellent inévitablement Gainsbourg, il ne faudrait pas voir en Stefie Shock un simple francophile béat. Ex-critique de rock et ex-D.J., Shock connaît la chanson et refuse de s’y limiter: les sources auxquelles il s’abreuve appartiennent au patrimoine mondial et il y pige allègrement. Derrière son titre faussement modeste, Presque rien offre un violent électro-Shock à la pop québécoise. Et maintenant qu’on sait que le rat de studio passe aussi l’épreuve de la scène, on peut parler de l’émergence d’un chanteur à suivre de près.