Dédé Fortin

Dédé Fortin

Dédé Fortin: 1962-2000

La nouvelle est tombée en plein mois de mai, alors que flottait dans l’air cette anticipation optimiste des beaux jours d’été à venir. "Dédé Fortin est mort." Scotchés à la télé, voyeurs malgré nous du cirque médiatique des faits divers, nous avons regardé, incrédules. Avant même que les enquêteurs aient conclu à la théorie du suicide, les vautours s’activaient, disséquant chaque texte de chanson à la recherche d’un indice, d’une phrase annonciatrice du désastre.

Puis, vinrent le doute et le déni. Dédé, dont a longtemps qualifié les chansons de "musiques de party", pouvait-il vraiment entretenir des pensées suicidaires? Il nous a fallu plus tard conclure que oui; que cet homme, si humain, si rassembleur – probablement le seul à avoir fait l’unanimité tant chez la critique que dans le public -, souffrait en silence. Aujourd’hui, on ne peut que contempler, impuissants, l’immensité du vide qu’il laisse derrière lui. Dédé n’a pu chanter à l’occasion des célébrations du 75e anniversaire de Saint-Thomas Dydime, sa ville natale, un concert qu’il avait accepté de faire bénévolement. Il n’allait plus rallier les troupes lors de l’un de ces concerts-bénéfice auxquels il ne se lassait pas de participer. Et puis il y a ses chansons mort-nées: si l’on en juge par la qualité de ses productions passées, on ne peut que regretter l’absence de chefs-d’oeuvre futurs de la part de cet artiste majeur.

Plus de six mois après son départ, la plaie ne s’est pas encore refermée et l’absence de Dédé nous laisse avec la terrible impression que personne ne pourra prendre sa place. Son visage, sourire en coin, est toujours affiché dans le hall d’entrée de notre bureau, comme magnifié par la fin tragique qu’il a connue. Mais Dédé n’avait pas besoin de ce geste désespéré pour entrer à jamais dans notre imaginaire collectif; il avait déjà acquis sa place dans l’histoire populaire du Québec. Il demeure le symbole par excellence de ce Montréal que nous aimons tant: tordu, ouvert, excessif, métissé, allumé… Il était des nôtres et on ne peut s’empêcher de lui lancer à nouveau, en un dérisoire geste fraternel posthume: "Salut Dédé, tu vas nous manquer."