Du lait et des biscuits

Du lait et des biscuits

"Tous les experts vous le diront, les joueurs d’aujourd’hui sont plus costauds, plus rapides, infiniment mieux entraînés que leurs prédécesseurs. On constate aussi qu’ils s’habillent avec style, qu’ils se débrouillent fort bien devant un micro et qu’ils entretiennent de chaleureuses relations avec leur directeur de banque. Mais jamais ces joueurs ne nous feront rêver, ne nous toucheront le coeur comme l’ont fait le Rocket, le Grand Jean, Gump, Henri ou la Comète blonde. Jamais."
– Marc Robitaille, introduction à Une enfance bleu-blanc-rouge

"Mon numéro 4 à moi, il n’a jamais eu à tester le marché des joueurs autonomes pour que l’on connaisse sa valeur. Il n’a jamais demandé à être échangé dans une ville où il fait toujours beau, toujours chaud. Jamais il n’aurait eu la tentation d’aller jouer pour une autre équipe qui avait de meilleures chances de gagner la coupe Stanley. Jamais."
– Sylvain Ménard, Grand comme Jean Béliveau (extrait tiré d’Une enfance
bleu-blanc-rouge)

Il y a quelques jours, les éditions Les 400 coups publiaient Une enfance bleu-blanc-rouge, un superbe livre sur le hockey. À la demande de Marc Robitaille, auteur du livre-culte Des histoires d’hiver avec des rues, des écoles et du hockey (VLB, 1987), une vingtaine de personnalités ont accepté de raconter leur plus beau souvenir de hockey. Ça va de Gilles Archambault à Guy A. Lepage en passant par Serge Thériault, Marie-France Bazzo et Marcel Sabourin. Y figure également un texte de Sylvain Ménard, l’ancien directeur des ventes de Voir.

Ce livre truffé de vieilles photos est visuellement splendide. Mais il est aussi extrêmement touchant. Il est traversé d’une profonde nostalgie pour "le bon vieux temps". Le temps où le hockey n’était pas encore une grosse histoire de fric. Le temps où les joueurs étaient encore fidèles à leur équipe. Le temps où les propriétaires pensaient plus à remplir la section des blancs qu’à louer des loges corporatives.
Bref, le temps où l’émotion n’était pas encore rongée par la machine.
Ce livre, pour moi, est le symbole de l’an 2000.

La première année du nouveau siècle devait nous plonger tête première dans l’avenir, et célébrer le mariage de l’homme et de la technologie. Or, c’est exactement le contraire qui s’est passé. La balloune de la nouvelle économie s’est dégonflée. Le Concorde s’est écrasé. La malbouffe a fait les manchettes aux quatre coins de la planète. Le sport est devenu le terrain de jeux des pharmacologues. Et le système électoral du plus gros pays au monde a failli dérailler, sous la pression des juristes et des avocats.

On a l’impression, en l’an 2000, d’avoir assisté à un ras-le-bol généralisé.
Ras-le-bol vis-à-vis des politiciens qui changent de parti à mi-mandat; des scientifiques qui jouent dans notre assiette; de la société de consommation qui nous essouffle et nous épuise; des cartels du pétrole qui nous pressent comme des citrons; des gouvernements qui nous taxent; des technocrates qui transforment nos écoles en labos; des concepteurs publicitaires qui achètent notre âme pour 99 francs; des mégacorporations qui n’en finissent pas d’engraisser et de dégraisser…

De plus en plus de gens songent à mettre les freins et à descendre du manège.
On rêve de viande biologique, de simplicité volontaire, de démocratie directe, d’athlètes non dopés, de politiciens idéalistes et visionnaires, de petits stades à échelles humaines (merci, les Alouettes), et de service après-vente. Comme la femme dans la pub de téléphone, on est écoeuré de payer pour le dentiste, le garagiste, le réparateur de machines à laver, le déménageur, et tutti quanti. On veut moins de chiffres, et plus de mots.
Pas étonnant que les pubs de lait soient si populaires, et que le rétro chic soit tant à la mode. Le monde a soif de naïveté, de simplicité. Pour un flirt avec toi. C’est ma vie. Pour vivre ensemble il faut savoir aimer…
Une grosse tasse de sucre en poudre pour combattre l’amertume.

Reculer, donc? Non: ralentir. Penser un peu aux conséquences avant d’agir. Pas faire de l’argent pour de l’argent, ou abaisser des records pour abaisser des records. Idem pour la science: ce n’est pas parce que nous POUVONS mixer les chromosomes de différentes espèces que nous DEVONS le faire. Regarder les deux côtés de la rue avant de traverser, jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur et bien surveiller les angles morts.

Après tout, on ne sait jamais: un accident est si vite arrivé.