Fusions dans les médias

Fusions dans les médias

Cette année, l’observation des médias est passée des pages Arts et spectacles aux pages économiques. Les grands groupes médias n’essaient plus de séduire leur public, ils veulent avant tout contenter leurs actionnaires. Dans la foulée des méga transactions à la AOL-Time Warner et Seagram-Vivendi-Canal Plus, les Pierre-Karl Péladeau, Izzy Asper et Jean Monty de chez nous réinterprètent à leur façon la théorie de la fusion.

Un bon prof de physique pourrait toutefois leur rappeler que la somme des masses de deux petits noyaux est plus importante que la masse de leurs noyaux fusionnés.

Sans compter qu’à trop vouloir bâtir de grands ensembles censés former un rempart contre l’envahisseur étranger (qui finira bien par pénétrer notre territoire, et avec l’aide de nos gouvernements, par-dessus le marché), on est en train de tuer l’essence même des médias: la diversité.

En d’autres mots, notre liberté se termine là où leur synergie commence.

Au Québec, notre AOL-Time Warner se nomme Quebecor-Vidéotron, une transaction qui n’aurait jamais été possible sans l’aide de la Caisse de dépôt et placement. Si elle se concrétise, cette union risque de créer un monstre tentaculaire qui permettra à Quebecor de contrôler presque tous les aspects du divertissement et de l’information des Québécois: magazines, télévision, spectacles, câblodistribution, Internet… Au Québec, la théorie des six degrés de séparation ne tiendra même plus: on sera employé, client ou concurrent de Quebecor. Ou l’on ne sera pas.

Il y a deux ans, l’homme d’affaires Charles Sirois recrutait des têtes d’affiche pour le Parti libéral du Québec. Après quelques mois d’essais infructueux, il déclarait qu’il était difficile d’attirer des gens de qualité en politique. Il faisait référence à tous ces hommes d’affaires qui avaient poliment décliné son invitation. Avec raison. Pourquoi feraient-ils le saut? L’argent? En politique, les salaires sont bien modestes comparativement au lucratif monde des affaires. Le pouvoir? Son corollaire, l’obligation de rendre des comptes à la population, serait contre-productif. Et puis tout le monde sait bien qu’aujourd’hui, le pouvoir ne se conquiert plus, il s’achète. Via les médias.