

Fusions municipales
Éric Grenier
Le triomphe du simple
Oubliez le poteauthon de feu Gérard Vermette, l’homme aux six cents livres qui pouvait tenir au faîte d’un poteau des jours durant, telle une boule de suif sur un cure-dent.
Non, l’exploit de ce siècle revient à Pierre Bourque, champion de la raillerie chez les élites, dont les idées étaient au mieux considérées comme des bouffonneries par ses maîtres à Québec. Et pourtant…
Il n’y a même pas six mois, son projet de fusionner toutes les villes de l’île (un concept apparu la première fois quand La Famille Plouffe représentait le Québec moderne) recevait des funérailles en bonne et due forme de la part de Lucien Bouchard. "Non, n-o-n, ça ne fait pas partie des solutions que nous envisageons", a dit le premier ministre. N’empêche, notre homme n’en a fait aucun cas et a poursuivi sa cabale.
Mais aidé par des adversaires qui s’emmêlaient les pinceaux à traficoter des solutions Frankenstein pour contrer le projet, le maire a fini par gagner son pari. Un certain jour de novembre, c’est une pluie froide qui s’est abattue sur la banlieue: le gouvernement annonçait une île, une ville, avec des arrondissements administratifs.
Ce que l’on présente aujourd’hui comme le triomphe du maire Bourque est en fait celui très humble de la simplicité.
Car, de toutes les mains qu’avait le gouvernement dans son jeu, celle de Bourque était la plus facile à concrétiser, la plus rapide à mettre en branle et la plus simple à construire. Bref, le gouvernement a compris qu’on ne simplifie pas les choses compliquées en les compliquant.
Ainsi, le plan échafaudé par son mandataire, Louis Bernard, n’a pas été retenu pour avoir omis le principe de simplicité volontaire: une grande ville, des sous-villes, des petits et des grands conseils – bref, un buffet mangez-jusqu’à-plus-faim pour les bureaucrates. Quant au plan proposé par les maires de la banlieue, improvisé à la hâte comme moyen de fuite en avant, il méritait qu’on le prenne autant au sérieux, sinon moins, que l’attaque à cinq du Canadien.
Aussi simple soit-il, le plan de Bourque était déjà trop compliqué pour que son ambassadeur en assume seul la réalisation. C’est le directeur général de la Ville, Guy Coulombe, qui a peaufiné le dossier, râpé les aspérités et structuré le programme. Pour celui qui a l’habitude de réparer les bébelles gouvernementales défectueuses (dont Hydro-Québec à l’époque du Temple de l’ordre solaire), vendre le plan Bourque à ses amis péquistes était une partie de golf.
Comme quoi, derrière chaque grand homme, s’en cache un plus pesant.