Souvenez-vous un peu du judicieux conseil que votre mère vous a maintes fois répété étant petit: il ne faut pas jouer avec la nourriture! Aujourd’hui, les mères ont donc raison de pleurer. Car fistons et fillettes ne les ont visiblement pas écoutées. L’alimentation humaine est ainsi en plein bouleversement. Et on tripote la bouffe assez allègrement, merci.
De nouvelles saveurs ont d’ailleurs fait leur apparition cette année: après la gomme à saveur cappuccino, le consommateur s’est vu servir de l’eau à la bactérie E. Coli, du poulet à la dioxine, des fraises aux gènes de poisson, du boeuf aux hormones ou à l’encéphalopathie spongiforme, des céréales faites de maïs transgénique. Miam, miam, miam, un vrai rrrrrrrrégal!
Ces développements ne sont pas inoffensifs. Après tout, E. Coli a causé des morts à Walkerton, alors que la "vache folle" transmet à l’homme une variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob en Europe. Et que dire des OGM… Tous ces dérapages sont liés à une chose: l’insouciance. C’est que la sécurité alimentaire est une question que tout le monde croyait réglée depuis belle lurette. Si un aliment se trouve dans nos assiettes, se dit-on, c’est que sa qualité a été vérifiée. Erreur. Car un manque de contrôle flagrant persiste dans le domaine alimentaire.
Personne n’est à l’abri des bourdes, même ici. Certes, au Canada, les vaches ne sont pas encore folles. Mais elles sont gelées, par contre! Dopées aux hormones de croissance fournies par des pushers expérimentés (des compagnies biomachin, s’entend), les bêtes produisent davantage de lait, jusqu’à 25 % de plus. Beau profit! Cette logique vachement réductrice occulte cependant les risques de ces pratiques sur l’être humain. La plus grande expérimentation jamais réalisée sur l’homme, quoi.
En sombrant dans le productivisme, l’industrie de l’alimentation s’est perdue. En fait, l’expression même "industrie de l’alimentation" est complètement désuète. Aujourd’hui, il s’agit plutôt d’"agrobioécopharmacotechnologie". Dans ce secteur, les paysans se transforment en chercheurs vêtus de sarraus blancs; l’épicerie, en pharmacie; les étables et les champs, en terrains d’expérimentation; les animaux et les plantes, en rats de laboratoire; les mets, en aliments aseptisés et standardisés; et l’être humain, en client dupe. Vive le progrès!
"Il nous faut convaincre le consommateur que cela est bon pour lui", a martelé encore cette année Hendrick Verfaillie, président de Monsanto, le géant américain producteur d’OGM. Autrement dit: "Ferme-la et mange!"
Mais il ne faudrait pas prendre le monde pour des oisillons que l’on gave jusqu’à plus soif. Les citoyens ont pleinement le droit de savoir ce qui se trouve dans leur assiette et ce que contiennent leurs plats… avant de mettre les deux pieds dedans.
Santé quand même, chers amis!