L'année de Gil Courtemanche, écrivain et journaliste

L’année de Gil Courtemanche, écrivain et journaliste

L’An 2000

L’année a commencé avec la fusion entre AOL et Time-Warner. La création d’une énorme poubelle cybernétique américaine qui peut dégorger dans tous les pays du monde des informations qui ne sont que des incitations à consommer des produits de divertissement associés à des hamburgers, des colas, des espadrilles. L’année s’est terminée avec l’autoproclamation de René Angelil comme rédacteur en chef de Quebecor, autre poubelle gigantesque et tentaculaire. Dans cette année, BCE a acheté CTV, Power, les quotidiens du Québec qui appartenaient à Conrad Black. Pendant cette même année, TQS, autre petite poubelle de Quebecor, a prouvé qu’un permis du CRTC était un permis d’abrutir. Il n’existe aucune différence entre la bêtise démagogique de Jean-Luc Mongrain et de Gilles Proulx et la bêtise humoristique du "Canal des nouvelles modifiées". Même contenu: tous les politiciens sont menteurs, toutes les tempêtes sont tragiques, toutes les prostituées sont dangereuses, tous les syndiqués sont des extrémistes, tous les bénéficiaires de l’aide sociale sont des fraudeurs, tous les Amérindiens sont des contrebandiers, toutes les tapettes sont des folles et tous les accidents de la circulation méritent plus de temps d’antenne que les élections américaines.

L’année 2000 aura été l’année de la fin de la liberté d’information dans le silence absolu et poli des journalistes qui regardent, muets, leur terrain d’expertise grugé par des comédiens, des "performers", des amuseurs publics. Le silence absolu aussi des politiciens pour qui la concentration constitue un accident inévitable du grand progrès que représente la nouvelle économie, l’économie du savoir. Mais bordel, écoutez, lisez, consultez, il n’y a pas de savoir dans cette nouvelle économie; il n’y a que des équations binaires, des bits, des illusions et surtout et surtout, des produits. Par exemple, une chanteuse qui, parce qu’elle fait la première page d’un magazine Quebecor, passe dans une émission de télé Quebecor qui est critiquée par un Journal de Montréal Quebecor qui parle de son spectacle produit par une filiale Quebecor et dont les extraits sont présentés sur un site Internet Quebecor. Elle aura bien sûr une biographie autorisée Quebecor, des tee-shirts Quebecor, et un nouveau disque Quebecor. Une telle emprise sur la pensée des gens s’appelle le totalitarisme. Nous sommes devenus la nouvelle Union soviétique. Et nous en sommes heureux.