En cette fin d’année, Harry Potter est plus populaire que le père Noël. Ils étaient autour de 20 000 enfants au SkyDome, à Toronto en octobre dernier, à écouter leur idole, Janet K. Rowling, leur lire un extrait de son quatrième épisode, Harry Potter and the Goblet of Fire. Traduits en plus d’une trentaine de langues, les romans de J. K. Rowling ont non seulement sorti leur auteure de la misère, mais ils ont donné un souffle d’air frais à la littérature jeunesse. Trop, à en juger par certaines menaces de censure, en Ontario notamment, où des parents ont voulu bannir et brûler (!) les livres, de peur qu’ils ne suscitent un intérêt démesuré pour la sorcellerie de la part des enfants.
Rowling a su toucher ces jeunes lecteurs (elle a vendu plus de 70 millions de livres en trois ans), et ce, en dehors des cadres pédagogiques et didactiques que l’on impose au moindre auteur jeunesse ici et ailleurs. Harry Potter, ce petit orphelin magicien, a rallié toutes les classes sociales et toutes les origines, comme le démontraient des images saisissantes dans les reportages qui ont suivi la sortie du livre en français au Québec. Car, en plus de réaliser le bonheur de leurs petits, des parents témoignaient de leur soulagement: "Enfin, ma fille fait des phrases qui se tiennent!" disait une maman; "Son vocabulaire s’enrichit", lançait un père tout content des effets positifs de la lecture.
Rowling, avec ses briques de plus de 400 pages, fait mentir les rumeurs voulant que les enfants ne soient pas capables de se concentrer plus de dix minutes sur un livre. Rien de plus faux: les enfants veulent juste grandir; devenir, eux aussi, des adultes. S’ils ne lisent pas assez, c’est peut-être qu’on les garde dans une enfance de pacotille, dont ils veulent sortir, justement. Rowling, en leur parlant du bien et du mal, de violence, de beauté, de pouvoir et de solitude, les invite à repousser leurs limites. C’est cela grandir, non?