Napster

Dans sa revue des personnalités ayant marqué l’an 2000, le magazine Rolling Stone a placé un illustre inconnu du nom de Shawn Fanning. À regarder le jeune homme de 20 ans, casquette de base-ball vissée sur le crâne, difficile de le différencier de ses congénères de la génération Y. Sauf qu’en créant Napster, Fanning a déclenché la plus grande révolution musicale depuis l’invention du phonographe.

Avec ses 38 millions d’usagers, le grand réseau de partage de fichiers musicaux est devenu la plus grande discothèque au monde. Dur de résister à l’attrait de Napster: vous pensiez qu’il vous serait impossible de retrouver le premier 45 tours de Flux of Pink Indians? Ben non. En quelques secondes, j’ai repéré un Suédois, un Néo-Zélandais et un Japonais qui avaient mis à la disposition des internautes du monde entier ce chef-d’oeuvre de punk politique.

Alors que les jeunes s’intéressent à nouveau à la musique, contournant les grosses campagnes de pub pour aller à la découverte de nouveaux (et de vieux) sons, les compagnies de disques, elles, paniquent. Les chiffres qu’elles avancent pour évaluer leurs pertes potentielles de revenus sont absurdes: les 412o personnes qui vont télécharger Pink Moon de Nick Drake auraient-elles toutes acheté le disque? Probablement pas. Mais maintenant qu’elles ont découvert le brumeux chanteur, quelques-unes d’entre elles auront peut-être envie de se procurer sa brillante anthologie.

Quant à la Fatah lancée par Metallica contre le méchant Napster, elle s’est vite retournée contre les rockers. Lars Ulrich, le batteur et porte-parole du groupe dans cette affaire, avait méjugé son public-cible, qui a bien mal pris les récriminations de multimillionnaires irrités.

Heureusement, le débat sur Napster a ouvert une véritable boîte de Pandore: les discussions relatives à la propriété intellectuelle sont relancées de plus belle, et quelques artistes, Courtney Love en tête, s’en sont pris aux véritables voleurs en exposant au grand jour les pratiques douteuses de l’industrie du disque, rarement favorable aux artistes. Une chose est sûre, cependant (et ça l’est encore plus depuis que le groupe Bertelsmann vient de mettre la main sur Napster): nous ne consommerons plus jamais la musique de la même façon. Et tant pis si les grandes compagnies y perdent au change: c’est la musique qui y gagne.