Nouvelle économie

Nouvelle économie

La balloune se dégonfle

Il y a un an, si vous vouliez faire un maximum de fric en un minimum de temps, vous lâchiez votre boulot pour lancer votre propre entreprise .com.

Vous vous trouviez un concept "novateur" et "révolutionnaire": un portail Internet à l’intention des propriétaires de fox à poil dur, ou encore un site de commerce électronique destiné aux "hommes d’aujourd’hui" dans lequel vous expliquiez, pêle-mêle, quelles fleurs donner à sa blonde pour se faire pardonner une gaffe, ou comment parler football avec les collègues de bureau sans passer pour un parfait imbécile (les exemples sont véridiques).

Ensuite, vous dénichiez un "ange financier", un investisseur alléché par le potentiel de croissance du Web, et qui était prêt à allonger les millions nécessaires pour vous lancer en affaires.

Une fois l’argent en poche, vous avez loué un loft dans le Vieux-Montréal, embauché une vingtaine de partenaires (le terme "employés" fait beaucoup trop vingtième siècle), et orné la place de palmiers géants et de plats de fruits exotiques mis à la disposition de tous. C’est à partir de ce moment que vous avez commencé à traîner vos deux lévriers partout où vous alliez, quitte à engueuler les portiers du Buena Notte ou du Whisky Café lorsqu’ils refusaient de les laisser entrer.

Mais les fonds ont vite commencé à manquer, et les recettes générées par votre site ne suffisaient même pas à payer le salaire de votre secrétaire personnelle. Fin stratège, vous décidiez donc de limiter la fréquence de vos partys à un par semaine.

Mais les comptes impayés s’accumulaient. Vos concurrents commençaient à téléphoner à vos "partenaires" directement au travail pour leur offrir un meilleur poste chez eux. Votre ange financier ne retournait plus vos appels. Les actions en Bourse de la méga compagnie qui était sur le point de vous racheter se sont effondrées en moins de 24 heures.

Finalement, au bout du rouleau, vous n’avez eu d’autre choix que de fermer votre site, de vendre votre Boxter (heureusement, il ne vous restait que deux paiements à régler), et de sous-louer à perte votre loft au collectif d’artistes qui l’avaient décoré quelques mois plus tôt, et à qui vous deviez encore de l’argent. Vous travaillez maintenant comme guichetier chez Ex-Centris, ce qui vous permet de vous "garder au courant des grandes tendances du milieu".

Pour vous, l’odyssée de l’espace aura eu lieu un an avant le temps…