L'élaboration d'un projet de site Internet : Création virtuelle

L’élaboration d’un projet de site Internet : Création virtuelle

Soit, derrière tout site d’envergure, il y a un programmeur. N’empêche, il faut davantage qu’un féru d’informatique pour qu’un internaute clique à sa faim. Voici les étapes de l’élaboration d’un site Internet et les tâches de ses différents artisans. Une sorte de qui fait quoi…

Entre le moment où la sonnerie du téléphone retentit chez les concepteurs de sites Internet et la mise en ligne de leur réalisation, une course s’engage. Lorsque l’équipe de Diesel Digital a commencé à se remuer les méninges pour répondre aux demandes de Club Solo, une division de Bell Mobilité, elle était loin de se douter que son site serait prisé à la grandeur du Canada. Certes, elle entrevoyait le petit film en noir et blanc qui mettrait un utilisateur de téléphone cellulaire en vedette. Elle savait aussi que l’interactivité était de mise. Il aura toutefois fallu 28 jours pour qu’un jeune homme drague une femme dans un bar virtuel et voie ses avances acceptées ou repoussées, selon les clics de l’internaute. Indéfinie, la séquence devait annoncer une marque, un produit et des événements, et le temps était compté. "Ils voulaient un site très spécifique pour rejoindre les jeunes branchés qui sortent et pour promouvoir les activités dans les bars", indique Vito Piazza, qui s’est entretenu avec les clients et a développé une stratégie avec le président et responsable du projet, Jean-François Bouchard. Avant de sortir les papiers et les crayons, ils devaient définir les objectifs à atteindre et, surtout, déterminer à quel genre de 18-35 ans le site s’adresserait. Ils étaient torontois, ces citadins qui ont grandi au rythme des jeux vidéo et qui ont accès à du matériel informatique: le site ne serait ni éducatif ni commercial. "Il fallait communiquer avec les utilisateurs de Solo et, vu leur nature, Internet était le meilleur moyen d’y parvenir", explique Jean-François Bouchard. Une fois ces grandes lignes définies et approuvées par le client, les responsables du design et de son application technologique ont été convoqués. Pendant que l’équipe de création lançait des idées pour traduire la jeunesse et la liberté, Christian Ayotte, le responsable de la programmation, exposait les possibilités et les limites techniques. Vito Piazza et Jean-François Bouchard s’assuraient pour leur part que les exigences du client seraient respectées. La brochure en ligne ne représentait certainement pas une avenue à explorer. "Avant, c’était simplement l’imprimé du client qui était adapté, souligne Dominique Trudeau, le directeur de création numérique. Ce n’est plus le cas. Il ne faut pas que les gens voient une publicité à la télévision, qu’ils tapent l’adresse et la retrouvent telle quelle avec un menu en forme de "L" en haut, à gauche."

Mais encore…
Certaines voies se précisaient: pour créer un sentiment d’appartenance, le dynamisme, par exemple, s’avérait de mise. Pour ce faire, une courte fiction n’allait pas de soi. "L’idée nous est quand même venue plutôt rapidement. Mais tout demeurait assez flou, signale Jean-François Houle, le concepteur et designer. Ce n’était même pas certain qu’on raconterait une histoire." Ils savaient néanmoins que l’interactivité se marierait avec le hasard. Le film s’est alors imposé. Le site donnerait certaines informations quant aux activités et l’animation serait l’appât. Un asticot que les utilisateurs enverraient à leurs amis, qui feraient de même à leur tour. Cette issue impliquait toutefois de repousser certaines limites technologiques. "Ça n’existait à peu près pas, des films en noir et blanc sur le Web. On s’est demandé s’il fallait vectoriser ou y aller avec des images-film. Ce site a été un des premiers à utiliser la technique du film vectoriel. Maintenant, c’est plus fréquent", explique celui qui a négocié avec ces contraintes, Christian Ayotte.

Cette fois encore, le client a été consulté. Jean-François Houle, secondé par le directeur de création, dans ce cas Philippe Meunier, ont présenté leur idée. "Ç’a été adopté immédiatement!" Il n’en va cependant pas toujours ainsi. Parfois les idées se révèlent plurielles. D’autres fois, le client n’est pas emballé. "Il faut s’adapter, souligne Dominique Trudeau. Les commentaires nous forcent souvent à trouver une meilleure solution." Le réalisateur est alors entré en scène. Denis Martel a imaginé l’expérience que vivrait l’internaute. Le scénario du court métrage a été couché sur papier, les scènes, dessinées. Un caméraman pigiste s’est occupé de les concrétiser. Confiées à la boîte de communication, ses images ont été digitalisées et travaillées pour faire de ces gens des formes composées de noir et de blanc. Une ébauche de film et de site a enfin pu être montée. "On voulait que l’atmosphère d’un club s’en dégage. C’est sûr que l’histoire était ultra-clichée, mais le médium ne nous permet pas de transmettre un message trop complexe, soulève Jean-François Houle. En fait, il y a deux fins où l’on sort du cliché. Le gars se fait entre autres repousser." Pendant ce temps, des rédacteurs vaquaient à l’écriture des textes pour le site. "Les clients fournissent souvent le contenu, mais il est rarement adapté au Web. Les gens lisent à peine sur leur écran!" observe Dominique Marcotte, qui oeuvre dans la recherche et le développement numérique chez ML5 Communications et qui était membre du jury pour les Prix Boomerangs, un concours québécois de communications interactives.

Pixels en tête
Afin d’éviter que le client ne se trouve encombré d’un paquet de feuilles, l’expertise du programmeur a été sollicitée. "Si une présentation est faite sous forme papier, on n’en reste pas longtemps là, remarque Jean-François Houle. On va plutôt intégrer le projet de façon minimale pour montrer un prototype sur une adresse démo. De cette façon, le client va pouvoir interagir et donner ses commentaires." D’ailleurs, les maquettes papier ne traduisent que partiellement la réalité des internautes. Comment tester une navigation lorsqu’elle n’est que théorique? C’est sans compter que les couleurs prennent bien souvent un coup de gris lors de l’impression. Le client a navigué: il y trouvait son compte. Christian Ayotte devait donc s’atteler à sa tâche. "Le film et le hasard compliquaient la programmation. Les quatre fins possibles alourdissaient le tout. Il ne fallait pas que ça prenne vingt minutes avant que l’usager puisse voir quelque chose!" Une fois sa mission complétée, le programmeur n’a pas coupé les ponts avec le client. Le site, dont l’hébergement était assuré par un fournisseur de Diesel, devait être fréquemment réactualisé. Pour susciter l’intérêt, des activités, dont trois concours, y ont été organisées. "Un site qui ne bouge pas va mourir. Si les gens butent toujours sur la même information, ils n’y retourneront plus, soutient Christian Ayotte. On travaillait avec Solo pour créer des événements dans des bars ou sur les campus qui renvoyaient toujours au site. Les gens n’étaient informés par son entremise que deux jours à l’avance. Ils étaient donc obligés de le consulter." C’est d’ailleurs de cette façon que des étudiants ont pu voir leur binette photographiée sur les campus et affichée sur le site… Ainsi, trois ou quatre rencontres avec le client, quatre semaines et quelques dizaines de milliers de dollars plus tard, le sort du dragueur pouvait enfin être joué à pile ou face. Depuis, le site a remporté deux prix pancanadiens et un Boomerang pour le meilleur site promotionnel grand public. "Il se démarquait visiblement de la masse par ses couleurs, sa méthode de navigation et la technologie utilisée, affirme l’un de ceux qui a évalué ce site, Dominique Marcotte. Chaque fois, l’histoire visuelle donnait le goût de revenir." Les instigateurs du Club Solo pouvaient donc dormir en paix: leurs adeptes ont ainsi vogué en moyenne 22 minutes sur le site.