Cinéma

Cinéma

FOCUS

Parce qu’on va vraiment filer les voir dès la première séance: In The Mood for Love, de Wong Kar Wai, et Before Night Falls, de Julian Schnabel, se partagent la place de choix en ce début d’année cinéma.

Pour le premier, on prévoit l’envoûtement dû à une potion magique faite de couleurs fantastiques, de musiques surprenantes, de sensualité, d’acteurs superbes, et de bouffe. Le tout avec une maestria de mise en scène qui s’apparente au rêve éveillé. Avec ce film, célébré dans le circuit des festivals, Wong Kar Wai (phénomène de Hong Kong qui a fait sursauter la planète avec Chungking Express, Fallen Angels et Happy Together) passe dans les catégories de maître mondial idolâtré et cinéaste de la trempe des plus grands. Chacun de ses films est un événement de cinéma (et non de vidéo): bloquez donc deux heures tout de suite à partir du 2 mars.

Julian Schnabel peint aussi bien qu’il réalise. Son premier film, Basquiat, avait frappé par sa force et la qualité de jeu de Jeffrey Wright. Avec Before Night Falls, les échos des cinéphiles de par le monde envoient le même message: la star Javier Bardem en Reinaldo Arenas, écrivain gai persécuté sous le régime castriste à Cuba, est une bombe à faire déraper les Oscars. Pour ce film qui mêle solitude, politique et sexualité, on parle d’hymne à la rébellion, d’émotion violente des images, de mélancolie de la musique, de réalité magique (de celle des écrivains latinos), et même d’un Johnny Depp qui, une fois n’est pas coutume, pourrait bien se retrouver dans un excellent film… À voir dès le 16 février.


Falardeau, Emond, Bélanger, etc.
Un début d’année politique, sous la houlette de Pierre Falardeau avec 18 février 1839; longue gestation pour un film attendu qui retrace les derniers moments de De Lorimier (Luc Picard) et de ses compagnons d’armes. On retrouvera Picard en méchant pourri dans un autre film qui risque de faire parler de lui, La femme qui boit, de Bernard Émond (Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces), retraçant 48 heures dans la vie d’une femme (Élise Guilbault). Début mars, Louis Bélanger (Post Mortem) proposera un documentaire sur Jean-Claude Lauzon, intitulé Lauzon, Lauzone. D’après un scénario d’Isabelle Hébert, il y trace un portrait émouvant du réalisateur décédé en 1997. Vu au FFM, Protection est le premier long métrage de fiction du Canadien Bruce Spangler, une approche réaliste dépeignant une héroïnomane qui maltraite ses enfants. Quant à Ne dis rien, de Simon Lacombe, on le présente comme un conte urbain des années 90 entre un employé de la voirie de Montréal et un vieux freak. Enfin, on commence à être curieux Du pic au coeur, de Céline Baril, avec Karine Vanasse, Xavier Caféïne et André Brassard.

Nouvelles des Etats
L’hiver états-unien 2001 s’annonce comme d’habitude: niais ou violent avec, en sandwich, quelques bonnes bizarreries. Dans la série "Restons beaux, jeunes et cons", il faut voir Say It Isn’t So, une production des Farrelly Brothers avec Heather Graham, Chris Klein et Orlando Jones. Kirsten Dunst (The Virgin Suicides), une bonne recrue qui ne devrait pas traîner longtemps dans les bluettes, se commet cependant dans Get Over It, de J.B. Rogers. Et faut-il s’étaler sur Original Sin, un thriller érotique de Michael Cristofer où Antonio Banderas s’étend justement sur Angelina Jolie? Plus soft, mais gros calibre: Brad Pitt et Julia Roberts forment le couple de l’hiver, dans une comédie que l’on dit enlevante, The Mexican de Gore Verbinski. Et dans la foulée, voyons Animal Husbandry, de Tony Goldwyn, où Ashley Judd se penche sur la mâlitude de Hugh Jackman (X-Men). En voilà un qui est remis de mois en mois… et ce n’est peut-être pas un bon présage: Town and Country, de Peter Chelsom, parle de crise des baby-boomers avec Warren Beatty, Diane Keaton, Garry Shandling et Goldie Hawn. On nous l’avait aussi promis l’année dernière, et là, nous avons hâte: The Tailor of Panama, de John Boorman, d’après le roman de John Le Carré, promet un duel au soleil entre Pierce Brosnan et Geoffrey Rush. Et, avec les premiers bourgeons, apparaîtra la Renée Zellwegger avec kilos en trop, accent british et Hugh Grant sous le bras, dans The Bridget Jones’ Diary, de Sharon Maguire.

Objet volant non clairement identifié, mais qui semble plaire à la génération de l’instantané: voici Memento, de Christopher Nolan, qui met en scène Guy Pearce, un gars qui oublie tout, sauf de traquer le meurtrier de sa femme. Autre objet marginal à ne pas rater, The Goddess of 1967, de la réalisatrice d’origine chinoise Clara Law. Ce road-movie aux deux âmes esseulées a été salué dans quelques festivals. Spécialement pour les fans du King, essayez très bientôt le look paillettes de Kevin Costner et Kurt Russell, en braqueurs de banque durant une Elvis Convention, dans 3000 Miles to Graceland, de Demian Lichtenstein. Enfin, on nous promet un pur délire avec Monkeybone, une réalisation de Henry Selick (The Nightmare Before Christmas), où Brandon Fraser joue un dessinateur qui tombe dans ses dessins.

Vous voulez de l’action? en v’là! 15 minutes, de John Herzfeld, où Robert De Niro et Ed Burns (qui fut jadis un réalisateur prometteur) en flics new-yorkais promettent de traquer des criminels ravis de leur gloire. Enfin, seul membre de la section "panique totale" cet hiver: Hannibal est de retour. Avec Ridley Scott aux commandes, David Mamet à l’écriture, Julianne Moore en mouton et Anthony Hopkins en ogre. Maman…

Vieux pays
À ne pas rater pour tout l’or du monde: Les Glaneurs et la Glaneuse, un bijou de documentaire signé Agnès Varda. Superbe. Avant cela et dans un autre registre, on se fera une petite peur avec Les Rivières pourpres, de Mathieu Kassovitz. Dans la collection Petite Caméra de Arte, après le bon Nationale 7 de Jean-Pierre Sinapi, on ne peut qu’être séduit par la vivacité et le talent de Claude Miller dans La Chambre des magiciennes. Plus sophistiqué, Une affaire de goût, de Bernard Rapp, vient mettre en scène un Bernard Giraudeau diabolique. Après Sue perdue dans Manhattan et Fiona, Amos Kollek avait envie de se marrer un peu avec son actrice fétiche, Anna Thompson, et lui a proposé Fast Food, Fast Women, où elle joue la confidente dans un dîner new-yorkais.

Dans la catégorie dorures, nous aurons le choix entre Le roi danse, de Gérard Corbiau, avec Benoît Magimel en Louis XIV et Tchecky Karyo en Molière; Vatel, de Roland Joffé, avec Gérard Depardieu en cuisinier passionné; et Le Libertin, de Gabriel Aghion (Pédale douce), avec Vincent Perez, probablement peu habillé, en Diderot. On avance le temps, et on atterrit à Terre-Neuve, autour de Binoche, Auteuil, Kusturica et une guillotine dans La Veuve de Saint-Pierre, de Patrice Lecomte. On pourra également apprécier la dernière sucrerie de Claude Chabrol, Merci pour le chocolat. Aussi au programme: un premier film, Petite Chérie, d’Anne Villacèque; la dernière oeuvre de François Ozon (Sitcom), Sous le sable; et le touchant La Faute à Voltaire, d’Abdel Kechiche.

Côté british, Michael Winterbottom propose, après Jude, une autre adaptation de Thomas Hardy avec The Claim, où s’ébattent Wes Bentley (American Beauty) et Milla Jovovich. Et le scénariste de The Full Monty se lance dans une compétition de coiffure, (Blow Dry), mise en scène par Paddy Breathnach, avec des gens très doués: Alan Rickman, Natasha Richardson, et Rachel Griffiths.

Notons aussi Liste d’attente, de Juan Carlos Tabio (Fraise et chocolat), qui était en lice à Un certain regard, à Cannes; et, après le plaisir de Kirikou et la sorcière, Michel Ocelot revient en ombres chinoises avec Princes et Princesses. Petit tour des classiques allemands au Goethe-Institut, avec des adaptations littéraires (Malina, de Werner Schroeder; Les Désarrois de l’élève Törless, de Schlöndorff) et les films de la période de Weimar (la trilogie Mabuse de Fritz Lang ou le superbe Pandora’s Box, de Pabst).

Bonnes idées d’ailleurs
La romance est tendre et juste: depuis l’Australie, Innocence, de Paul Cox, a fait le tour des festivals et glané quelques prix. Arrive aussi en ville le Lion d’or de la dernière Mostra de Venise, Le Cercle, de l’Iranien Jafar Panahi. Dans le cadre de Vues d’Afrique 2001, on pourra voir ou revoir le documentaire Lumumba, de Raoul Peck, sur le héros de l’indépendance congolaise; et Adanggaman, de l’Ivoirien Roger Balla, sur la responsabilité de rois africains qui ont collaboré au commerce des esclaves. Bons titres accolés à de bons films, il faut voir Né en absurdistan, de Houchang Allahyari, un périple entre l’Autriche et la Turquie, et Un temps pour l’ivresse des chevaux, de l’Iranien Bahman Ghobadi, Caméra d’or à Cannes.