

Théâtre – Pièces étrangères
Marie Labrecque
FOCUS
MacBeth de Shakespeare
Dans la tradition anglo-saxonne, c’est la pièce dont on n’ose prononcer le nom. La pièce maudite. Un texte auquel les institutions montréalaises hésitent elles-mêmes à se frotter, peut-être? Si l’on excepte le spectacle très underground monté par Wajdi Mouawad dans un stationnement montréalais, la nuit, et le passage d’une version signée Robert Lepage au Festival de théâtre des Amériques, les deux au début des années 90, il faut remonter à 1978 – un spectacle événementiel créé par le Théâtre de la Manufacture au Cinéma Parallèle – pour répertorier une production de la "pièce écossaise". Trop noire, cette oeuvre qui explore les abîmes de l’âme humaine?
Pour le Théâtre du Nouveau Monde, c’est en tout cas la première de son histoire. C’est dire combien on attend ce rendez-vous shakespearien. Sanglante tragédie de l’ambition et de la violence, et de son engrenage mortel de meurtres, de culpabilité, de folie…
Ajoutez que le spectacle du TNM, qui sera mis en scène par Fernand Rainville, compte sur une paire d’enfer pour donner vie au couple damné. L’intense Pierre Lebeau dans le rôle-titre, et Sylvie Drapeau en Lady M. Un retour vivement espéré pour la grande Drapeau, que, sauf erreur, on n’a pas vue sur les planches de la métropole depuis plus d’un an (c’était pour l’infiniment plus léger W. C.). (Marie Labrecque)
Dès le 6 mars
Au TNM
Janvier et Marleau
Au moment d’écrire ces lignes, quelques spectacles ont déjà pris l’affiche, ou s’apprêtent à le faire. L’Espace Go a ouvert le bal avec un doublé de l’auteur français Jean-Luc Lagarce, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne et Music-hall; le Gesù accueille une production du Théâtre Les gens d’en bas, Le Visiteur, d’Éric-Emmanuel Schmitt; l’Usine C met à l’affiche Mr. Lear du Théâtre à l’oblique, une adaptation libre de la pièce shakespearienne par le metteur en scène et comédien américain John Sipes, avec Georges Molnar. Le Théâtre Denise-Pelletier lance sa saison la semaine prochaine avec un duo signé Eugène Ionesco: Jacques ou la soumission et L’Avenir est dans les oeufs.
Toujours la semaine prochaine, on pourra découvrir au Théâtre du Rideau vert Intérieur, une pièce écrite en 1894 par l’écrivain belge symboliste Maurice Maeterlinck (L’Oiseau bleu), Prix Nobel de littérature en 1911. Denis Marleau dirige notamment Gabriel Gascon, Grégory Hlady et Pascale Montreuil dans cette oeuvre où deux hommes hésitent à troubler le paisible bonheur d’une famille pour lui annoncer une tragique nouvelle. Il s’agit pour le directeur du Théâtre Ubu d’une première mise en scène à la vénérable compagnie dirigée par Mercedes Palomino. Un choc des cultures intéressant à surveiller…
Avec Camera Obscura, le Groupe de la Veillée s’attaque à un énième auteur russe, le grand Vladimir Nabokov cette fois. C’est son compatriote Oleg Kisseliov – lequel avait signé sur la même scène un étrange Songe d’une nuit d’été en 1998 – qui adaptera et mettra en scène le roman de l’auteur de Lolita, paru en 1932. Gabriel Arcand, Noémie Godin-Vigneau et Patrice Savard joueront le ménage à trois de cette histoire parodique "d’amour aveugle". Kisseliov retrouvera d’ailleurs ces deux derniers comédiens à la fin mars, alors qu’il montera La Leçon, d’Ionesco, au Théâtre La Chapelle, dans une production des Créations Diving Horse.
Toujours au Théâtre Prospero, la Salle intime accueille, à partir du 30 janvier, la première production du Théâtre de Fortune: L’Amante anglaise, adaptée par Marguerite Duras de son roman Les Viaducs de Seine-et-Oise. Jean-Marie Papapietro met en scène cette pièce qui suit le procès d’une femme accusée d’avoir dépecé un corps humain…
Du côté des anglophones, il faudra particulièrement surveiller Wit au Théâtre Centaur. Centrée sur le combat que mène une spécialiste de littérature romantique contre le cancer, la pièce de Margaret Edson a été couronnée en 1999 par à peu près tous les prix imaginables, dont le Pulitzer. Dès le 23 janvier. Par ailleurs, du 27 février au 3 mars, l’Usine C accueille In On It, la nouvelle création de la très intéressante compagnie torontoise Da Da Kamera. Pour les fans du doué Daniel MacIvor (Monster).
Février et Tchékhov
Dès le 13 février, on pourra voir à La Licorne Le Monument, de Colleen Wagner, une pièce à deux personnages qui ouvre sur un vaste questionnement: comment redevenir humain après la guerre? Martine Beaulne orchestre ce face à face entre un jeune criminel de guerre et une femme d’âge mûr avec un duo carabiné: Monique Mercure et Maxime Denommée.
La même semaine, la compagnie Jean Duceppe entamera sa saison avec Les Oiseaux de proie, de l’Américain John Logan (notamment scénariste du film Gladiator…). Claude Poissant est aux commandes de cette pièce retraçant le procès de deux jeunes accusés d’un meurtre gratuit en 1924 – un fait divers qui avait inspiré le classique d’Alfred Hitchcock, La Corde. Avec, entre autres, Sébastien Delorme, Gérard Poirier, Alain Zouvi.
À partir du 21 février, à l’Espace Go, le Théâtre de l’Opsis poursuivra son Cycle Tchekhov avec une expérience étonnante: Les Trois Soeurs seront six à se languir de Moscou dans une mise en scène que se partagent Luce Pelletier et Denis Bernard, et où cohabiteront passé et présent. Avec une imposante distribution où l’on reconnaît plusieurs des fidèles de l’Opsis.
Mars /Avril et Frnçois Girard au Quat’Sous
En mars, Guillermo de Andrea montera au Rideau Vert Venecia, de son compatriote Jorge Accame. L’auteur argentin a remporté plusieurs prix pour cette oeuvre sur l’ultime rêve amoureux de la vieille patronne d’un bordel miteux… La distribution comprend notamment Linda Sorgini, Marie-Chantal Perron et la trop rare Kim Yaroshevskaya. Toujours au Rideau Vert, mais à compter du 17 avril, on aura droit à l’un des classiques de la farce moliéresque, Les Fourberies de Scapin, servi par Jean-Louis Benoit, metteur en scène invité de la Comédie-Française. Marcel Leboeuf incarnera le coquin de serviteur. Une pièce canadienne créée par le Théâtre Passe-Muraille, Les Étoiles d’Angus, de Michael Healey, et mise en scène par André Therrien, sera présentée au Théâtre Prospero. Du 6 mars au 1er avril.
Le 23 avril, le Quat’Sous achèvera son périple avec un rendez-vous a priori très alléchant: un trio formé de l’auteur italien Alessandro Baricco (Soie), chouchou des lecteurs, du cinéaste mélomane François Girard à la mise en scène, et de cet instrument puissant qu’est Pierre Lebeau au jeu. Novecento raconte la légende d’un grand pianiste né sur un paquebot effectuant la navette entre l’Europe et l’Amérique… La même semaine, au Théâtre Denise-Pelletier, le comédien français Philippe Avron reprendra son célébré solo Je suis un saumon, qui avait séduit la critique montréalaise en octobre 1999. Pour quatre soirs seulement.
Éric-Emmanuel Schmitt est à l’honneur cette saison, puisque le TNM montera ses Variations énigmatiques à compter du 24 avril. Daniel Roussel, qui a mis en scène deux textes de l’auteur du Visiteur à Paris et créé Les Variations en anglais à Los Angleles (!), orchestre ce face à face à rebondissements entre un écrivain misanthrope et un prétendu journaliste. Un duo qui prendra ici les traits de Guy Nadon et… du chanteur-comédien Michel Rivard.
Mai
Le mois de mai s’ouvrira avec un morceau de choix, fort attendu, à l’Espace Go: le classique d’August Strindberg, Mademoiselle Julie, dirigé par Brigitte Haentjens et mettant en vedette ses acteurs fétiches: un duo incandescent formé de James Hyndman et d’Anne-Marie Cadieux. Miam…
La très profuse saison du Rideau Vert se terminera sur La Chambre bleue, un duo d’amour entre Pascale Desrochers et, oui, Normand D’Amour. Cette comédie de David Hare, un important dramaturge britannique, s’inspire de la fameuse Ronde d’Arthur Schnitzler. Serge Denoncourt – lui aussi un vierge du Rideau Vert – assure la mise en scène. Dès le 22 mai.
Et bien sûr, il faudra compter avec le Festival de Théâtre des Amériques, du 23 mai au 10 juin, événement dont on sait encore peu de choses, mais qui apportera sa moisson de shows étrangers intéressants en provenance de Belgique, d’Argentine, des États-Unis et du Canada.