

Danse
Linda Boutin
Photo : Yanick Macdonald
Focus
Mais qu’est-ce qui fait courir Manon Oligny? La réponse se résume en deux mots: détermination et talent. Il y a cinq ans, on ne la connaissait ni d’Ève ni d’Adam. Or, voilà que la sympathique chorégraphe à chevelure blonde fait son entrée au Festival international de nouvelle danse (FIND). Créé à Paris, 24 X caprices boucle une trilogie portant sur le corps sexué. "Où se termine l’intimité; où commence le voyeurisme?" Pour répondre à cette question, elle a invité l’impudique écrivaine Christine Angot à lui signer des textes. Cette dernière avait commencé la rédaction de son refus de collaborer lorsque la vidéocassette du travail de la chorégraphe lui fut livrée à sa maison de Montpellier. On connaît la suite: l’auteure de L’Inceste a couché sur le papier des mots bouleversants, qui sont récités par des danseuses qui n’ont pas froid aux yeux (Anne-Marie Boisvert, Noémie Godin-Vigneau, Annick Hamel et Mathilde Monnard).
Les 1er et 2 octobre
À l’Agora de la danse
Nos choix
Jérôme Bel
En France, tous les programmeurs se l’arrachent. La pop star de la danse contemporaine, Jérôme Bel, risque d’en étourdir plus d’un lors de son premier passage au FIND. Son dernier spectacle The Show Must Go on, en ouverture du Festival, se moque des artifices des chorégraphies d’envergure: des danseurs qui n’en sont pas toujours, une enfilade de succès pop, des costumes à la va-comme-je-te-pousse… En tout cas, cet ancien assistant de Philippe Découflé risque de recevoir chez nous autant de claques que d’ovations.
Les 19 et 20 septembre
Au Monument-National
Ginette Laurin
On a beau reprocher à Ginette Laurin de se cantonner dans une esthétique sans surprises, il reste que le public adore son travail. Luna, la nouvelle pièce de la directrice artistique d’O Vertigo, poursuit l’exploration de la mécanique du corps à travers l’emploi d’immenses loupes. Présentée récemment en Europe, la pièce a récolté les éloges habituels: gestuelle raffinée et complexe… Poétique et sensuelle…
Les 22 et 23 septembre
Au Monument-National
Marie Chouinard
Après Ottawa et Québec, les deux dernières pièces de Marie Chouinard arrivent enfin à Montréal. Ravissement et étonnement attendent le spectateur dans Les 24 Préludes de Chopin. La chorégraphe québécoise y a construit 24 bijoux qui se marient à merveille à la musique du compositeur polonais. Le Cri du monde, d’un tout autre genre, nous rappelle que la chorégraphe ne fait pas dans la dentelle. Et c’est tant mieux!
Les 2 et 3 octobre
Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts
Anne Teresa de Keersmaeker
À l’opposé du travail de Jérôme Bel, celui de la Belge Anne Teresa de Keersmaeker rend hommage au mouvement et à l’esthétique. Malgré un profond désir de s’arracher à son style, la patronne de la compagnie Rosas signe toujours une danse vive, précise, étincelante, et qui ne tourne pas en rond. Dans I Said I, les danseurs récitent des mots de Peter Handke, entre des musiques hip-hop et classique. Ce n’est pas demain que la Belge va perdre sa place de choix dans le coeur des Montréalais!
Les 5 et 6 octobre
Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts
La Dame de Pique
Avec un budget de trois quarts de millions, Les Grands Ballets Canadiens de Montréal interpréteront une création qui implique des concepteurs de réputation internationale, dont le chorégraphe danois Kim Brandstrup. Inspirée d’une nouvelle écrite au siècle dernier par le Russe Alexandre Pouchkine, l’histoire de La Dame de pique se transporte à l’aube de la Seconde Guerre mondiale et raconte les déboires d’un jeune officier attiré par le jeu. Projections, imagerie et pointes s’entremêleront sur une adaptation d’un opéra de Tchaïkovski.
Du 18 au 27 octobre
Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts
Sylvain Émard
Voué au pouvoir kinesthésique du corps, Sylvain Émard innove dans son travail en introduisant la vidéo. Sa dernière création, Scènes d’intérieur, a connu une gestation exceptionnelle de 18 mois, ce qui a donné tout le temps au créateur et aux six danseurs de s’investir entièrement. Connaissant le souci du détail, la sensibilité à fleur de peau et la discrétion du chorégraphe, gageons que l’intervention technologique coulera de source.
Du 24 octobre au 3 novembre
À l’Agora de la danse
Danse 3
Cet automne, la France est à l’honneur dans différentes formes d’art grâce à l’événement France au Québec/ la saison. En danse, les invités de l’Hexagone sont logés à l’enseigne du FIND, de la série Danse Danse et de Danse 3. Cette dernière série débute les 15 et 16 novembre, au Musée d’art contemporain. Ancien danseur de Daniel Larrieu, Alain Buffard interprétera une danse déconcertante orientée vers les arts plastiques. La semaine suivante, la compagnie Schmidt Pernette séduira le public de l’Agora de la danse avec une version inédite du Sacre du printemps. Enfin, la scène de l’Usine C accueillera, le dernier week-end de novembre, le spectacle hip-hop 10Versions de la compagnie Käfig. Ça risque de brasser!
Et après, on verra bien
Depuis une quinzaine d’années, les acrobates flirtent avec la vidéo et la danse contemporaine. On en a eu un aperçu le printemps dernier avec l’impressionnant travail de Philippe Découflé. Cet automne, la série Danse Danse nous réserve une nouvelle facette de la danse-cirque avec Et après, on verra bien. Mis en scène par Guy Alloucherie et Laurent Letourneur (décédé au cours de la production), ce chaos énergique et habilement défendu par le cirque Anomalie – qui s’était illustré au Québec, en 1998, dans Le Cri du caméléon – et la compagnie Hendrick Van Der Zee risque bien de faire perdre son latin au Cirque du Soleil.
Du 8 au 10 novembre
Au Centre Pierre-Péladeau
La danse du temps
Régine Chopinot a perdu depuis plusieurs années son titre de rebelle, qui lui était accolé à ses débuts voilà 20 ans. Elle n’en reste pas moins une figure de proue de la danse contemporaine française. En décembre, sa compagnie Le Ballet Atlantique nous fera découvrir sa réflexion sur le temps. Ouvre fluide interprétée par trois générations de danseurs, dont le célèbre couple septuagénaire François et Dominique Dupuy, La Danse du temps vaut le détour pour la musique inspirée du compositeur vietnamien Tôn-Thât Tiêt (signataire de la musique du film L’Odeur de la papaye verte) et les décors du sculpteur britannique Andy Goldsworthy.
Le 1er décembre
Au Centre Pierre-Péladeau
Entrevue avec Francine Bernier
Les dix ans de l’Agora de la danse
C’est l’année des anniversaires en danse. Pendant que Tangente et Danse-Cité célèbrent leur 20e, que le FIND entame sa 10e édition, le Studio de l’Agora souffle ses 10 bougies. Niché dans un immeuble de l’Université du Québec à Montréal, rue Cherrier, le producteur diffuseur a pour voisin Tangente, une petite salle dévouée aux jeunes chorégraphes, le département de danse de l’UQAM, Trac Costumes et Perfmax (une entreprise dédiée à l’entraînement des danseurs). "Toute la bâtisse est consacrée à la danse contemporaine, un phénomène rare dans le monde de la danse ", résume la directrice générale et artistique du Studio, Francine Bernier.
À ses débuts, le Studio de l’Agora invitait des chorégraphes à se produire quatre soirs seulement dans une salle réduite de moitié. Aujourd’hui, la toile noire qui divise la salle en deux a disparu et les 240 sièges trouvent souvent preneur. Il est fréquent de voir une compagnie tenir l’affiche deux voire trois week-ends. "Le milieu de la danse a énormément évolué au cours de la décennie. Aujourd’hui, la danse se mêle facilement aux arts visuels ou à la littérature", dit celle qui est à la barre du Studio depuis neuf ans. "C’est sûr que ça change le métier de diffuseur. On a plus de choix, ce qui nous permet de bâtir des saisons qui reflètent la pluralité des tendances."
Mais n’entre pas qui veut à l’Agora. La direction prend sous son aile des chorégraphes avertis d’ici, du Canada anglais et, depuis peu, de l’Europe. Cependant, lorsqu’une compagnie y est admise, elle risque de voir son nom imprimé plus d’une fois au programme. "On travaille à moyen et long terme avec des artistes comme Sylvain Émard, Jocelyne Montpetit, Roger Sinha. À quelque part, c’est leur maison", dit madame Bernier.
En plus de son rôle de diffuseur, le Studio de l’Agora prête sa salle et ses techniciens aux compagnies produites par Danse-Cité ou par le FIND. En investissant dans la compagnie française Schmid Pernette, par exemple, le Studio de l’Agora ne risque-t-il pas de susciter des mécontents ? Même si la diffusion commence à s’élargir, il reste que le choix des diffuseurs pour les jeunes compagnies sans cesse en croissance se limite à Tangente, Danse-Cité, le Studio de l’Agora et le Théâtre La Chapelle. "C’est sûr qu’on ne peut répondre à la demande", explique Francine Bernier. Celle-ci défend sa position par le besoin d’un public curieux de ce qui se fait à l’extérieur de nos frontières et par le désir de retourner la monnaie aux homologues étrangers qui investissent dans les productions québécoises.
Malgré un public en progression, le Studio de l’Agora a failli fermer ses portes à la suite de la suppression des programmes d’emploi Québec, qui assuraient le salaire de la vingtaine d’employés, en 1999. Du jour au lendemain, le producteur diffuseur assumait un déficit de 100 000 $. Sa santé financière se porte mieux depuis l’injection de nouveaux fonds gouvernementaux. Mais Francine Bernier demeure inquiète. "On parle beaucoup ces temps-ci de fusion municipale, mais on parle bien peu des répercussions que cette restructuration entraînera sur les arts", dit-elle.
Le futur défi du Studio de l’Agora? Fidéliser un public encore volatile. "Le public, c’est ma grande question. Je ne sais pas si on le connaît vraiment. On a même fait une étude pour le comprendre", avoue Francine Bernier. Pourtant, elle dit deviner les succès qui marqueront la saison. Mais, pas question pour elle d’afficher uniquement des noms vedettes. "C’est important de présenter de la danse qui bouge et de la danse axée sur la lenteur et l’intériorité. Finalement, on doit savoir prendre des risques."
Et aussi…
En septembre, Danse-Cité programme le travail de David Pressault. Du 5 au 15, cet ex-danseur pour le Toronto Danse Theatre présentera au Studio de l’Agora une série de duos interprétés par Anne Le Beau, Sarah Stoker, Kha Nguyen et Daniel Soulières. À la même période, Tangente propose les travaux des diplômés des départements de danse de l’UQAM, de Concordia et des Ateliers de danse moderne de Montréal.
Démarre ensuite le FIND. Étalé sur trois semaines, le Festival accorde une place importante aux dernières oeuvres de Paul-André Fortier, Jean-Pierre Perreault, Lynda Gaudreau, José Navas, Tedd Robinson, Lola MacLaughlin et Sarah Chase. Le thème privilégié par le FIND "Le Grand Labo" ouvre la porte à des compagnies évoluant dans toutes les sphères de la danse. Parmi elles, des références qui ont influencé des générations de chorégraphes comme Merce Cunningham, Trisha Brown, Daniel Larrieu et le White Oak Dance Project, qui propose des pièces phares des années 50, 60 et 70. Notons aussi le retour de la Française Mathilde Monnier avec Les Lieux de là. Son collègue Boris Charmatz, découvert l’année dernière à l’Usine C, nous présentera une oeuvre pour sept danseurs, Con forts fleuve. Puis, on s’esclaffera sans doute devant la dernière danse de la Portugaise Vera Mantero et les improvisations de Benoît Lachambre et Andrew de L. Harwood. Enfin, le FIND ne serait pas le FIND sans sa part de découvertes: l’Espagnole La Ribot, la Québécoise Marie-Claude Poulain, Russell Maliphant Compagny de la Grande-Bretagne, les Français Xavier Roy et Quatuor Albrecht Knust, l’Allemand Thomas Lehman ainsi que les Belges Christine de Smedt et Vincent Dunoyer.
Retour à la saison régulière. Du 25 au 28 octobre, le public découvrira les danses de Joe Hiscott et de la Torontoise Sara Porter. Du 8 au 11 novembre, toujours à Tangente, on pourra applaudir des extraits du dernier solo de l’excellente Irèni Stamou. Au même moment ainsi que le week-end suivant, Tedi Tafel interprétera sa dernière création solo, Then, There, Here, sur la scène du théâtre La Chapelle. Du 7 au 17 novembre, le collectif Plus que ça, c’est trop livrera les chorégraphies d’Héloïse Rémy, Kha Nguyen et Katie Ward à la Cinquième salle de la PDA. Du 14 au 17 novembre, le Studio de l’Agora nous dévoilera la danse intérieure d’Anne-Marie Giroux. Une visite unique nous attend ensuite à la salle Wilfrid-Pelletier de la PDA. Du 22 au 24 novembre, le réputé Ballet Cullberg de Suède nous livrera une version classique de La Belle au bois dormant.
Au même moment, Laurence Lemieux signera à Tangente un quatuor nostalgique qui mettra en scène son conjoint Bill Coleman. Le week-end suivant, toujours à la même salle, Sarah Williams interprétera sa dernière création solo. Durant le deuxième week-end de décembre, la jeune Nancy Leduc y dansera son plus récent solo, Le Cavalier bleu. Enfin, Tangente terminera sa saison d’automne avec Audrey Lehouillier et Pierre Lecours, de jeunes chorégraphes qui se démarquent par une danse-théâtre tragi-comique.
Par ailleurs, du 13 au 16 décembre, les Ateliers de danse moderne de Montréal interpréteront au théâtre La Chapelle les oeuvres d’Emmanuel Jouthe, Harold Rhéaume, Julia Sasso et Tassy Teekman. Enfin, Sanaviël clôtura la saison du théâtre de la rue Saint-Dominique, avec des pièces d’Estelle Clareton, Yvonne Coutts et Sandrine Vachon.