

15 ans de cinéma international
Juliette Ruer
Au moment où Voir naissait, mouraient James Cagney, Otto Preminger et Vincente Minnelli. Ah là là… Mais on peut faire plus drôle: Blue Velvet, Down by Law, Ferris Bueller’s Day Off, Le Rayon vert, 37o 2 le matin, et Hannah and her Sisters sortaient en salle cette même année. À partir de là, la machine aux souvenirs se met en branle. Situons-nous…
Si en 15 ans, on peut passer de grand flanc mou à requin de la finance, Hollywood peut bien en faire autant. Tom Cruise (de Top Gun à Eyes Wide Shut), Tom Hanks (Dragnet à Cast Away), Julia Roberts (Steel Magnolia à America’s Sweethearts), et Meg Ryan (Innerspace à Proof of life) sont sortis de leur chrysalide d’apprentis acteurs pour devenir mégastars. En 15 ans, Hollywood a enclenché la vitesse lumière du marketing. Plus de films, plus de salles, plus de sous; les vocables "mégacomplexes", "liste A", et "premier week-end d’exploitation" dictent le cinéma commercial. Ont déferlé sur le globe Robocop, Rain Man, Jurassic Park, Forrest Gump, Toy Story, Mission impossible, et autres Titanic. Au Québec, parmi les 20 premiers films au box-office depuis 40 ans, on compte 18 productions hollywoodiennes. On pète les records, les stars empochent des salaires faramineux et Kevin Costner a pris le bouillon (Waterworld, The Postman).
On explore aussi: l’animation est de plus en plus sophistiquée. Si en 1988, on était émerveillé par Who Framed Roger Rabbit?, Shrek se pointera fièrement aux Oscars 2002. Effets spéciaux, même combat: Batman devient soudainement lourdaud devant Matrix. Le boom Internet a décuplé l’envie d’images (festivals de films sur Internet), le DVD fait la nique au vidéo, et le numérique prend de l’ampleur.
En 15 ans, on est né à un autre cinéma grâce aux frères Coen, à Steven Soderbergh et à une comète, dont on subit encore les influences: Quentin Tarantino. Avec lui, c’est l’explosion: violence débridée, humour cinglant, reflet de la pop culture. Il a enlevé le corset et lâché les chiens. Il a craqué pour le cinéma asiatique, nous aussi. De John Woo à Ang Lee, de Zhang Yimou à Wong Kar Wai, d’Hou Hsiao Hsien à Takeshi Kitano, de Jackie Chan à Jet Li, on a maintenant nos habitués. Et il a surtout ouvert le chemin aux Tim Burton, Darren Aronofsky, Neil La Bute, David Fincher, Mike Sponze et P.T. Anderson.
Dans le langage courant, on ne dit plus maintenant cinéma d’art et essai, mais film indépendant. En 1986, le festival de Sundance a déjà un an d’existence. En fin de "Movida", en 1987, Pedro Almodovar monte sa boîte de production, et, l’année suivante, il réalise Femmes au bord de la crise de nerfs. Puis, en 89, après Papa est en voyage d’affaires, Kusturica nous met au parfum des Balkans avec Le temps des gitans. Les cinéphiles s’amourachent du cinéma de Hong Kong, puis du cinéma iranien (Makhmalbaf, Panahi, Majidi, Kiarostami) et le "Dogme danois", l’antidote, fiche tout le monde à terre avec Breaking the Waves, Dancer in the Dark, Festen, et Les Idiots. Les Césars ont salué Trois hommes et un couffin, Cyrano de Bergerac et La Haine; Delicatessen, Indochine et Cinema Paradiso ont fait leurs marques, en leur temps. Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain ne fait pas mauvaise figure dans le décor. Les Anglais finissent le millénaire entre la rage (Trainspotting) et le plum-pudding (Four Weddings and a Funeral, A Full Monty); et en Australie, The Piano et Moulin-Rouge ont remplacé Mad Max.
Les 15 dernières années d’un art vieux d’un siècle, ça fait encore très jeune; et c’est tant mieux. D’ailleurs, ça conserve: Spielberg pond Schindler’s List et Saving Private Ryan; Coppola boucle sa trilogie familiale, Ridley Scott fait son péplum; Scorsese reste une machine d’enfer: Goodfellas, The Age of Innocence en attendant Gangs of New York. Puis Alain Resnais et David Lynch tiennent le coup. Mais Georges Lucas s’essouffle, Woody Allen fait plus parler de lui dans Paris Match que dans Les Cahiers, et Fellini et Welles sont partis. Ah là là…
1-Sandrine Bonnaire pour Peaux de vache (26 octobre 1989)
Photo: Jean-François Bérubé
2-Richard et Romane Bohringer pour L’Accompagnatrice
(17 décembre 1993) Photo: Jean-François Bérubé
3-Vincent Cassel pour Dobermann (23 octobre 1997)
Photo: Benoit Aquin
4-Agnès Jaoui pour Le Goût des autres (31 août 2000)
Photo: Benoit Aquin
5-Wong Kar-Wai pour In the Mood for Love
(12 octobre 2000)