À l’heure des bilans, il faut toujours relativiser. Avec le recul, le bogue de l’an 2000 et les autres craintes millénaristes qui nous ont affligés à la fin du siècle dernier peuvent paraître bien ridicules, surtout en comparaison des véritables tragédies de 2001.

2001 fut une année moche. Tellement moche, en fait, que la nature (humaine), qui, comme chacun le sait, a horreur du vide, a gratifié l’Occident de l’une des pires catastrophes de son histoire. Ce millésime passera donc à l’histoire comme "l’année où tout a basculé", comme nous l’avons titré au lendemain du 11 septembre. Ce fut l’année où notre vocabulaire s’est enrichi de mots comme "anthrax"; où nous avons appris à situer Tora Bora sur une carte; et où nous avons su la différence entre un Pachtoune et un Tadjik. Et au milieu de ce bordel, nous avons réussi à nous concentrer sur ce que nous aimons plus que tout au monde. Nous sommes allés au théâtre, au cinéma et au concert, nous avons bouffé des livres et des disques en abondance, peut-être dans l’espoir de chasser les idées noires ou, à tout le moins, de leur donner un sens.