L'année de tous les dangers

L’année de tous les dangers

La revue de l’année 2001 aurait pu se terminer ici. Juste là. Pas un mot de plus. Pas une ligne de plus. Il aurait suffit d’écrire "la guerre" ou le "11 septembre" ou "Oussama ben Laden: personnalité de l’année!". That’s it! On aurait pu dormir tranquille, avec le sentiment réconfortant du devoir accompli; un petit "Bonne année" en prime, tiens. Mais voilà: l’année 2001 donne matière à réflexion plus qu’on ne le pense.

Si, début janvier, 2001 avait été proclamée année internationale des bénévoles, elle devrait être déclarée, en cette fin décembre, année internationale… de l’insécurité. C’est le sentiment général qui se dégage, ressenti tout au long de l’année, au fil des événements. Unanimement.

Faites-le test! Demandez à n’importe qui une bonne nouvelle, une seule, positive, survenue au cours de l’année. Voici, par exemple, les réponses obtenues dans le cadre d’un sondage Chouinard Marketing non représentatif et absolument pas scientifique:

"Les reality shows sont morts."

"Première greffe d’un coeur artificiel autonome et décodage du génome humain." (Ayoye!)

"On a reçu un chèque de 100 $ du gouvernement du Québec."

"Montréal accueillera l’agence mondiale antidopage."

"Le Segway (la trottinette nouveau genre) va révolutionner le transport!"

"La fin des Expos approche."

Ouf.

Et encore, ces réponses sont venues après de douloureuses minutes de réflexion. D’accord, d’accord: les bonnes nouvelles passent plus souvent inaperçues… N’empêche, les événements dont tous se souviendront, peu importe leur domaine, sont ceux qui ont fait craindre le pire, autant par leur horreur que par les questions qu’ils ont soulevées.

Le concept peut être décliné en cinq volets: 2001, année de l’insécurité…

… ÉCONOMIQUE
Une année en dents de scie, c’est le moins que l’on puisse dire… L’insécurité s’est traduite tout au long de l’année: le tout a commencé par des chutes de titres importants en Bourse (Nortel et les nouvelles technologies en tête) et s’est terminé par le spectre d’une récession en vue. La bulle spéculatrice des dot com a finalement dégonflé, pour ne pas dire pété dans certains cas. C’est officiel: la tendance yoyo fait fureur à Wall Street!

… SOCIALE
Les manifestations antimondialisation, particulièrement le Sommet des Amériques de Québec, ont démontré une inquiétude grandissante d’une bonne partie de la population. Les habitants de Québec ont eu peur pour leur ville; les manifestants, pour leur dossier criminel (!); les policiers, pour leur périmètre; les chefs d’État, pour leur peau. Au-delà de l’événement, la réflexion sur la mondialisation a pris de l’importance dans un climat d’insécurité (la mort d’un manifestant à Gênes en a fait foi).

Par ailleurs, la saga du squat, qui a tenu en haleine les médias durant un été passablement monotone, aura fait voir au grand jour une crise du logement, crise qui se traduit maintenant en statistiques. Ceux qui ont eu la tâche de trouver un logement cette année savent de quoi on cause.

Et c’est sans compter les débats sur l’environnement (avènement des mégaporcheries), la santé (crise des urgences part 27), l’éducation (le trip à trois profs-gouvernement-parents)… Qui n’a rien eu à s’inquiéter?

… POLITIQUE
Une fois encore, l’année 2001 a su renforcer un peu plus le cynisme de tout un chacun à l’égard de la politique… Ce qui est pour le moins inquiétant.

À Ottawa, le Parti libéral a continué de régner comme s’il était seul au pouvoir, malgré le Shawinigate. Après tout, une opposition moribonde lui a fait face: le NPD se remet en question à pas de tortue; l’Alliance canadienne court telle une poule sans tête; les conservateurs sont entrés en hibernation comme un ours; le Bloc a joué son rôle de p’tit chien de garde. Un gros zoo, n’est-ce pas?

Au Québec, la politique "bonnet blanc, blanc bonnet" se poursuit de plus belle. Coincé au neutre avec la souveraineté, ou son pendant confédération-union-association à l’européenne, le PQ a géré l’État comme l’aurait fait (et le fera?) le PLQ. Il ne faudrait pas oublier les crisettes politiques habituelles qui ont le mérite d’animer les soupers de famille: "course" à la succession de Lucien Bouchard, l’élection de Nathalie "cheveux rouges comme une vraie libérale" Rochefort dans Mercier, chiffons rouges, affaire Michaud. Que serait la vie sans ces chamailleries, on se le demande…

2001 fut tout de même l’année des grandes réalisations politiques. Outre la fabuleuse statue de René Lévesque (!), on a eu droit à l’élaboration en douce (tellement qu’on ne s’est rendu compte de rien!) des fusions municipales, les craintes manifestées par les opposants en prime. De chimère, une île une ville est devenue réalité, avec à sa tête un homme qui n’en voulait pas. Paradoxal.

… SCIENTIFIQUE
Des cas de vache folle et de fièvre aphteuse en Europe à la pseudo-annonce du premier clonage d’un embryon humain, le milieu scientifique a bouleversé le monde entier… et même au-delà, s’il faut en croire le voyage du premier touristonaute. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) se retrouvent dans les assiettes et les étalages des épiceries, sans étiquetage. Les débats éthiques, sur le clonage notamment, ont ponctué l’année. Bref, la science nous force à nous poser des questions dont on ne connaît peut-être pas encore les réponses…

… COLLECTIVE
Une revue de l’année 2001 qui se respecte ne peut taire le 11 septembre. Ce jour-là, Bombardier Transport décrochait un contrat de 125 millions de dollars à Taïwan. C’est vrai!

Sans blague (pour une fois qu’on peut décompresser après de tragiques événements), les attaques terroristes contre les États-Unis auront, plus que tout, marqué l’année, le visage de New York, les esprits de tous aussi. De terribles moments. Impossible de nier l’insécurité collective ressentie depuis, la multiplication des alertes à l’anthrax en témoigne.

Pour reprendre la formule cliché, le monde a changé. La guerre contre les talibans en Afghanistan et la guerre contre la menace terroriste en Occident a transformé la planète en champ de bataille.

Comme l’a dit le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en recevant le prix Nobel de la paix 2001, "nous sommes entrés dans le troisième millénaire par une porte de feu"… Y a-t-il un pompier dans la salle, histoire d’arroser tout ça au jour de l’An?