

Choisir sa formation : Spécialisation contre culture générale
Dans le paysage professionnel, l’équilibre entre culture générale et spécialisation peut sembler difficile à atteindre. Faut-il sacrifier une approche humaniste pendant les études et opter pour une carrière assurée?
Alexis de Gheldere
Photo : Victor Diaz Lamich
Rares sont ceux qui ne se sont pas questionnés, à un moment ou un autre lors de leurs études, sur la nature du chemin à emprunter avant de plonger dans la vie professionnelle. Entre mettre de côté ses intérêts au profit d’une formation assurant un bon salaire ou se lancer dans les sciences humaines, quitte à prendre racine jusqu’au postdoc, les choix sont loin d’être évidents.
En effet, si la culture générale est un outil permettant de s’ouvrir sur le monde et de favoriser les échanges enrichissants, ce n’est pas nécessairement elle qui met le pain sur la table.
Pourtant, comme l’indiquait une récente étude menée par le journal Les Affaires, les employeurs se plaignent de plus en plus du manque de culture générale de leurs employés. Même quand ceux-ci sortent à peine de l’université, il semble que cette fameuse culture générale, soit disant enseignée au cégep, leur fasse défaut. Peut-on affirmer que notre niveau de culture générale est suffisant une fois parvenu au terme de notre formation collégiale?
Un bon indice sur l’état des choses est la popularité de programmes universitaires privilégiant la culture général au cycle universitaire. C’est dans cette optique que fut fondé le Liberal Arts College de Concordia en 1977 et, en 2000, le baccalauréat avec majeure en histoire, culture et société de l’UQAM. Ces programmes cherchent à former des individus à l’esprit ouvert et à la capacité de synthèse. Ce sont précisément ces caractéristiques peu développées qui déçoivent les employeurs face à leurs nouveaux employés trop spécialisés.
"Nul ne peut être un bon généraliste s’il n’est pas aussi un bon spécialiste, se plaît à lancer Jean-Guy Vaillancourt, sociologue responsable du premier cycle à l’Université de Montréal. Notez, souligne-t-il, qu’on peut facilement inverser les termes. En fait, ça prend les deux: beaucoup de spécialisation, mais également être en mesure de remonter à la surface, être capable de faire un tour d’horizon, de prendre le journal et de s’intéresser à d’autres domaines que le sien. Quelqu’un doit être capable de parler d’autre chose que de sa spécialité."
Dans une société où nous sommes tellement définis par notre emploi, n’est-ce pas une tâche peu évidente? "Souvent, les gens qui sont les meilleurs spécialistes sont ceux qui ont de bonnes connaissances générales, fait remarquer Jean-Guy Vaillancourt. L’un va avec l’autre. Spécialisation et culture générale ne sont pas des termes qui s’opposent nécessairement; ils se complètent."
Il n’y a pas de recette miracle sauf celle de considérer spécialisation et culture générale comme un tout. "Car il suffit, pour y voir clair, disait Saint-Exupéry, de changer de perspective." La culture générale permet justement au spécialiste de changer de perspective, comme un champion de ski qui, en utilisant cette fois une planche à neige, découvre les pistes comme il ne les avait jamais vues auparavant.