Cimetière.com : Bilan du carnage

Cimetière.com : Bilan du carnage

2001 a été la pire année de la petite histoire de l’industrie du Web. 2002 apportera-t-elle de meilleures nouvelles? État des lieux.

Nous sommes en décembre 2000, au party de Noël du FIM (Forum des inforoutes et du multimédia, aujourd’hui l’Alliance numériQC). Le gratin de l’industrie du Web et du multimédia célèbre l’arrivée de 2001. Malgré l’ambiance festive de l’événement, on sent dans le discours des gens que les choses ne sont plus si roses, même si on n’a pas encore affublé la situation de son buzzword officiel, qu’on trouvera plus tard: "le krach des point com".

Certains disaient que la logique de l’industrie du Web rejoignait désormais celle des autres industries: objectifs réalistes, importance du retour sur l’investissement, contrôle des dépenses, etc. Les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et des communications) ne sont plus que les TIC. Certes, 2001 a été une année noire pour l’industrie Internet. Selon une récente étude menée par Pew Internet & American, 12 % des internautes américains ont vu disparaître un de leurs sites préférés au cours de la dernière année. La gratuité des services aussi en a pris pour son rhume: 17 % des internautes ont dû cesser d’utiliser un service gratuit que leur offraient certains sites. Cette étude a été menée avant le 11 septembre 2001.

Le grand coupable?
Les raisons pour lesquelles l’industrie du Web (et le monde virtuel en général) a eu tant de difficultés ces derniers temps sont simples. La plupart des entreprises étaient financées soit par des subventions, soit par des capitaux privés. On donnait de l’argent pour la recherche, pour le développement de nouveaux services adaptés à un marché "émergent", et ce, avec l’infime conviction qu’un dollar investi allait rapidement se transformer en lingots d’or. Une série d’événements, dont l’incapacité pour les "point com" d’aller chercher des capitaux supplémentaires, a ralenti le développement de cette industrie. Comme on coupait l’herbe sous le pied des jeunes pousses, ce fut le début de la fin pour plusieurs start-ups de l’industrie du Web. L’histoire de cette PME dont on relate les hauts et les bas dans le film Startup.com aurait pu être celle de nombreuses entreprises canadiennes ou américaines de la nouvelle économie. Selon le site Webmergers (www.webmergers.com), au moins 555 entreprises Internet en importance (à travers le monde) ont fermé leurs portes depuis janvier 2000. Sur ce nombre, 330 ont cessé leurs activités dans les six premiers mois de l’année 2001 seulement.

Pour plusieurs, cette déconfiture des "point com" n’a rien de surprenant. D’ailleurs, elle ressemble vaguement à l’épopée des pionniers de l’industrie automobile. Au début du siècle dernier, bon nombre d’inventeurs, d’ingénieurs et de constructeurs se sont rassemblés autour de ce nouveau moyen de transport pour essayer de créer les modèles les plus efficaces. On avait alors des modèles de voitures à vapeur, d’autres électriques, d’autres à l’huile… De toutes ces entreprises pionnières, beaucoup périront et très peu deviendront les Ford, les GM ou les Mercedes d’aujourd’hui. Avec le Web, l’histoire se répète… Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web, a donné à l’humanité une géniale invention, et tout le monde a voulu en profiter. Tranquillement, à force d’essais et d’erreurs, l’industrie a trouvé sa véritable nature. Quelques joueurs importants ont fusionné leurs forces, certaines entreprises ont pris de l’expansion, et celles qui sont restées au niveau artisanal sont pratiquement toutes disparues. Certains appellent cela la maturité.

Lueur d’espoir?
Nombreux sont les personnes qui se sont dirigées vers le monde des TI, espérant y faire carrière. Avec les mauvaises nouvelles récentes, on a raison de s’inquiéter. Yves Fortier est économiste au CETECH (Centre d’étude sur l’emploi et la technologie). Il observe les tendances de l’emploi, dans l’univers périlleux des nouvelles technologies. Selon lui: "Historiquement, la croissance de l’emploi dans les TI se trouve surtout dans l’industrie des services. Dans des compagnies comme CGI ou des développeurs de logiciels, par exemple. En ce qui concerne le krach des point com, on constate que la main-d’oeuvre dans ce domaine n’était pas nécessairement composée de gens en TI. Il y en avait évidemment, mais c’est beaucoup plus des gens dans le domaine du marketing ou du développement des affaires qui ont été touchés. Ces travailleurs-là peuvent aujourd’hui se replacer ailleurs. En ce qui concerne les informaticiens, poursuit Yves Fortier, on ne voit pas de chutes importantes d’emploi. Par contre, les entreprises disent toujours qu’il y a pénurie de main-d’oeuvre. C’est qu’on cherche des Wayne Gretzky… Alors, en réalité, quand on parle de pénurie, on parle plus d’une pénurie de Wayne Gretzky! Ce qu’on constate chez les informaticiens, c’est qu’il n’y a pas de chute d’emploi mais plutôt une hausse du taux de chômage cette année." Assez déconcertant…

Le futur des métiers du multimédia
D’ordre général, la situation de l’emploi en ce qui concerne les professions du multimédia est moins séduisante qu’il y a deux ans. Toujours selon Yves Fortier: "Compte tenu des conditions générales, ce n’est sûrement plus aussi favorable que cela l’était avant d’être infographiste ou concepteur multimédia. Les besoins existent toujours et il va continuer à y avoir de l’emploi dans ce domaine, mais le gros du boom autour de la profession est parti. De plus, depuis un an, on remarque que l’emploi a beaucoup diminué en ce qui a trait aux professionnels (niveau universitaire) et a augmenté pour les techniciens (niveau collégial). L’avenir à plus long terme dans le domaine du multimédia, je le lierais davantage à l’industrie du logiciel et des services."

Les grands disparus du Web et des nouvelles technologies…

1. Moncourrier.com (courriel gratuit sur le Web)
2. Espion (téléphonie cellulaire commanditée)
3. CyberQuébec (hébergement gratuit de sites Web)
4. IciMontreal.com (version Internet de l’hebdo culturel)
5. 1stup.com (fournisseur d’accès Internet gratuit)
6. Nouvo.com (chaîne télé en ligne)
7. Canoë.fr (version française du portail Canoë)
8. PSINet (fournisseur d’accès Internet)
9. Disney Internet Group (division Internet de Disney)
10. Icebox (animation en ligne)

Pour en savoir plus, le site Fucked Company (www.fuckedcompany.com) s’intéresse de près aux entreprises Internet sur la corde raide…