

Devenir prêtre en 2002 : Un taux de placement… miraculeux
Catherine Hébert
Photo : Victor Diaz Lamich
S’inscrire au séminaire, c’est entrer dans un club très, très sélect. Trente-six futurs prêtres étudient actuellement au Grand Séminaire de Montréal, et à peu près autant à celui de Québec. Le recteur Marcel Demers a accepté de nous ouvrir les portes de l’institution montréalaise, le temps d’une visite guidée et, surtout, de quelques questions. Construit il y a 150 ans au coeur du domaine des Prêtres de Saint-Sulpice, le Grand Séminaire compte parmi les joyaux du patrimoine de la métropole. Vu de l’intérieur, l’endroit d’apparence austère se révèle étonnamment chaleureux, bourdonnant d’activités. À quoi ressemblent les six années qu’y passent ceux que le théologien Eugen Drewermann appelait "les fonctionnaires de Dieu"? Coup d’oeil sur un choix de carrière hors de l’ordinaire, pour lequel le taux de placement est… miraculeux.
Si tous les chemins mènent à Rome, d’innombrables parcours conduisent à la prêtrise. À Montréal, le séminariste suit une formation de base de deux ans en philosophie, puis de trois ans en théologie (menant à l’obtention d’un baccalauréat), suivie d’une année de stage, au terme de laquelle il obtient une maîtrise en théologie pastorale. À Québec, les futurs prêtres ont droit à une année de préparation, suivie de trois ans de théologie à l’Université Laval, d’un stage de deux ans, puis d’une année d’études de second cycle. Il y a aussi les séminaires de Chicoutimi et d’Ottawa… "La formation n’est pas uniforme, ce qui n’est pas une mauvaise chose, souligne Solange Lefebvre, professeure à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal. Certains diocèses préfèrent encore envoyer leurs étudiants à Rome, où se trouve, entre autres, la grande université pontificale des Jésuites."
Différences dans la formation, différences aussi dans le parcours des futurs ecclésiastiques. "Ils ont entre 19 et 50 ans et seulement deux sur dix arrivent du cégep, résume Réal Grenier, recteur du Grand Séminaire de Québec. Il s’agit d’une clientèle diversifiée en termes d’âge, d’expériences et de connaissances. C’est pour répondre à cette réalité que nous avons ajouté une année propédeutique. Cela permet à chacun d’avoir des bases en philosophie, psychologie, spiritualité… et de faire du rattrapage en français!"
Comme le résume l’abbé Grenier: "L’important, c’est de donner les outils pour apprendre à apprendre." L’éthique (notamment la bioéthique, avec le clonage et la fécondation in vitro) est maintenant abordée en classe, et des sessions de formation ponctuelles en psychologie, sociologie ou en communication sont offertes. "Les étudiants suivent une formation d’une semaine sur les médias", précise Marcel Demers.
Puis, on plonge les curés en devenir dans le bain, question de leur apprendre à nager. "Le stage leur permet d’expérimenter le travail pastoral et de découvrir si cela les rend heureux. C’est aussi l’occasion de vérifier si le célibat leur convient…", résume Réal Grenier. L’important est alors de se demander si "le travail pastoral vient mobiliser tout mon être, de sorte que cela ne soit pas qu’une tâche, mais un état de vie".
Les deux recteurs en conviennent, le nombre d’inscriptions est à son plus bas et la relève se fait prier. Pourtant, ils demeurent optimistes: après tout, les jeunes sont moins méfiants que leurs aînés envers la religion catholique, et semblent même se révéler avides de combler un certain vide spirituel. Ils ont foi en l’avenir…