

L’apprentissage collaboratif : Vers une formation plus démocratique?
Conséquence possible de l’arrivée des technologies de l’information dans les écoles, l’apprentissage collaboratif est un modèle pédagogique assez nouveau, promu à un bel avenir selon plusieurs professionnels de l’enseignement.
Steve Proulx
Photo : Victor Diaz Lamich
Qu’est-ce que l’apprentissage collaboratif? Selon France Henri, directrice scientifique du Centre de recherche LICEF (Laboratoire en informatique cognitive et environnements de formation): "L’apprentissage collaboratif est une négociation puisqu’il faut savoir donner autant que recevoir. Les courants éducatifs contemporains font la promotion de l’apprentissage collaboratif parce que, croit-on, il y a des valeurs derrière cette démarche qui permettent à l’être de grandir. On croit que la collaboration amènera l’étudiant à s’ouvrir aux autres et à se transformer soi-même au contact des autres pour arriver à progresser dans son apprentissage." Un très joli concept mais encore difficile à réaliser, en théorie comme en pratique: "Actuellement, dans un contexte individualiste et de compétition, ajoute France Henri, beaucoup d’étudiants souhaitent avoir une bonne note; ils ne veulent pas traîner les faiblesses de leurs collègues et risquer d’avoir de moins bons résultats à cause du travail collaboratif. En pratique, l’apprentissage collaboratif suit un processus assez simple. On jumelle cinq ou six élèves, on leur donne une tâche ainsi que toutes sortes de ressources afin d’accomplir cette tâche. L’équipe doit ensuite travailler efficacement en jonglant avec les défauts et les faiblesses de chacun."
Un modèle idéal pour la formation à distance
On associe souvent l’apprentissage collaboratif à la formation à distance. Ce type de formation est souvent critiqué pour son côté froid et impersonnel. On lui reproche de se limiter à des situations d’apprentissage individuel, sans réel dialogue entre les professeurs et les étudiants. Voilà plusieurs mythes que France Henri s’efforce de détruire en proposant, entre autres, des modèles d’apprentissage collaboratif adaptés à l’éducation à distance: "En formation à distance, l’arrivée des nouvelles technologies a été absolument magnifique parce que cela nous a permis de mettre les étudiants en réseau, de leur donner des outils pour qu’ils puissent communiquer entre eux. Les outils de travail collaboratif à distance sont maintenant très performants. On peut créer des classes virtuelles très évoluées où les étudiants peuvent échanger et travailler en équipe. Je pense que les technologies qui nous permettent de créer des réseaux portent une certaine valeur de démocratisation, poursuit France Henri. Derrière cette technologie, il y a cette philosophie égalitaire et démocratique qui nous transporte de plus en plus vers un changement de culture où c’est l’étudiant qui est responsable de son apprentissage. En tant que professeur, j’ai désormais le mandat de mettre en place les outils les plus riches et les plus performants pour aider l’étudiant à apprendre. Et s’il n’apprend pas, ce ne sera pas de ma faute! Dans le futur, le professeur ne pourra plus dire j’enseigne, mais plutôt apprennent-ils?"
France Henri est coauteure (avec Karin Lundgren-Cayrol) d’un ouvrage intitulé Apprentissage collaboratif à distance publié aux Presses de l’Université du Québec
www.puq.uquebec.ca.