

L’éducation pour tous?
Le système universitaire québécois est le fruit d’une philosophie unique au Canada: l’accès à l’éducation est un droit partagé par tous. La pratique est-elle fidèle à la théorie?@bas_de_vignette:@image:@credit_photo:@journaliste: Marie Valla@corps:Il y a les faits, indéniables: les résidants du Québec bénéficient des frais de scolarité les moins élevés au Canada. Les étudiants ontariens inscrits à un programme universitaire de premier cycle en arts paient le double de ce que déboursent leurs compatriotes québécois. Dans le contexte nord-américain, dit Andrée Mayer-Périard, présidente de la Fédération des étudiants universitaires du Québec, le modèle universitaire québécois est sans doute le moins pire. La générosité apparente du système, aidée par le gel des frais de scolarité et la pression constante des associations étudiantes, s’explique par un parti pris égalitariste. "Le pari, c’est d’allier accessibilité et qualité", explique Roch Denis, le recteur de l’Université du Québec à Montréal. Le défi de société est de permettre aux milliers de jeunes qui ont du talent d’accéder à l’université." La création du réseau des universités du Québec dans les années 1960 apporta un complément aux universités de tradition plus anciennes telles Laval ou McGill. C’était pour le gouvernement le moyen d’affirmer que tous les Québécois, indépendamment de leur situation géographique, devaient pouvoir s’instruire à moindres frais et sans trop s’éloigner de chez eux. "Au Québec, il n’y a pas de limites a priori, toutes les universités ont des éléments de recherche, assure Pierre Lucier, le président du réseau des universités du Québec. Dans les régions les plus éloignées, les universités offrent les programmes de base mais s’engagent aussi dans certains créneaux comme les sciences de la mer à Rimouski." Le réseau des universités du Québec n’est pas une exception sur le continent. Les State Universities américaines fonctionnent également à partir d’un corps central et de plusieurs campus répartis sur le territoire de l’État. Par contre, explique Dan Lang, professeur en éducation à l’Université de Toronto, en Ontario, comme dans le reste du Canada, ce sont plutôt les impératifs économiques ou la détermination des communautés qui justifient l’implantation d’une université. S’inscrire à l’université y est perçue comme une décision individuelle, poursuit Dan Lang, mesurée en termes de coût et d’anticipation d’un salaire plus élevé, par exemple. D’où l’idée que l’augmentation des frais de scolarité est un mal nécessaire et de courte durée. Au Québec, en théorie, l’investissement public dans l’éducation mène à des gains de croissance économique. L’université étant vue comme un enjeu collectif et social de première importance, son financement par des fonds publics devrait aller de soi. Or, dénonce Roch Denis: "L’État québécois a tendance à se désengager (…) C’est anormal, les fonds privés doivent être un complément et non un substitut des fonds publics." "Le système québécois veut donner une chance égale à tous, mais il ne réussit pas sur toute la ligne, déplore Andrée Mayer-Périard. Le système d’aide financière génère beaucoup d’endettement, jusqu’à 22 ou 25 000 $ pour certains finissants." Malgré les efforts de l’Université du Québec pour ouvrir l’université au grand public, elle reste une tradition récente et une dépense que beaucoup ne peuvent se permettre aisément. D’après Statistique Canada, au Québec, seuls 19 % des ménages gagnant moins de 30 000 $ mettent de l’argent de côté en prévision des études de leurs enfants. Invitant le gouvernement à ne pas revenir sur ses engagements, Roch Denis rappelle l’adage: "Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance."