Le marché de l’expertise en éthique est en pleine croissance, selon une enquête de l’Association universités et collèges du Canada, rendue publique en octobre dernier. Les hôpitaux, les centres de recherche, les associations professionnelles et les gouvernements consultent de plus en plus leurs conseillers en éthique, dont le mandat est de résoudre des dilemmes moraux liés au travail.
L’enquête de l’Association a notamment servi de point de départ à une campagne, en vue d’encourager les jeunes à poursuivre une formation en arts et sciences au pays. Intitulée Au boulot les cerveaux, cette campagne prendra fin en 2003.
Les questions d’accès aux soins de santé, les débats suscités par la génomique, les cellules souches, les procréations assistées ou l’euthanasie, sont quelques interrogations qui interpellent les professionnels en éthique.
"De plus en plus d’entreprises et d’organismes du secteur de la santé se réfèrent à nous, soit pour nous soumettre des questions spécifiques ou nous demander de donner de la formation à leurs employés", explique Kathleen Glass, éthicienne et responsable du programme de maîtrise en bioéthique de l’Université McGill.
"Les récents développements technologiques dans le domaine de la santé soulèvent des questions morales complexes, dit-elle. Les autorités médicales et publiques ont pris conscience qu’un encadrement éthique est nécessaire pour superviser ces recherches."
Une formation interdisciplinaire
Même si le programme de deuxième cycle en bioéthique de McGill est réservé aux bacheliers en droit, philosophie, théologie et aux docteurs en médecine, son cadre déborde largement ces secteurs d’activité, estime Réjean Dumoulin, coordonnateur du Centre d’information scolaire et professionnelle.
"Une formation en éthique est essentielle tant dans le domaine de l’éducation, des communications que dans celui des affaires, croit-il. Les professionnels sont confrontés à des enjeux moraux dans tous les secteurs."
Alors que la majorité des universités québécoises offrent des programmes de deuxième cycle dans ce domaine, l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) est toutefois la seule institution à proposer un programme de maîtrise en éthique appliquée, ouvert à tous les bacheliers.
À l’Université de Montréal, plusieurs programmes en bioéthique sont également offerts. La plupart des diplômés des sciences sociales, intéressés à oeuvrer dans le milieu de la santé, peuvent donc se porter candidats à la maîtrise. L’Université de Sherbrooke et celle du Québec à Chicoutimi (UQAC) donnent aussi une formation en éthique à ceux qui n’ont pas de formation scientifique ou légale.
Les débouchés éthiques
"Plusieurs débouchés s’offrent aux détenteurs d’une maîtrise en éthique, estime Kathleen Glass. Ces diplômés seront appelés à travailler au sein de divers comités d’éthique" des entreprises ou des institutions qui les embaucheront.
"Les personnes qui choisissent de poursuivre des études en éthique pourront agir à titre de spécialistes pour le compte de leurs associations professionnelles", avance pour sa part M. Dumoulin. Des organismes gouvernementaux, des écoles et des églises comptent aussi parmi les employeurs probables. La rémunération d’un éthicien est fonction de son secteur d’expertise.
Relativement récente, cette profession est née au Québec dans les années 1960. En prenant conscience des questions morales soulevées par les progrès biomédicaux, médecins et chercheurs invitèrent théologiens et spécialistes de la morale à prendre part au débat.