Situation actuelle de l’emploi : Pas de panique!

Il y a tout juste un an, le marché de l’emploi au Québec bouillonnait comme on ne l’avait pas vu depuis longtemps. Malheureusement, la donne a changé radicalement cet automne. Quand les tours du World Trade Center ont disparu du paysage new-yorkais, le 11 septembre, l’économie nord-américaine s’est elle aussi effondrée. Déjà fragile, elle montrait des signes de faiblesse depuis quelques mois, mais les attentats ont précipité son déclin. En fait, selon l’économiste du Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau, dès juillet 2000, on pouvait apercevoir les premiers indices du ralentissement, mais tout le brouhaha entourant le 11 septembre a servi de catalyseur à une économie qui avait déjà la grippe. Rien d’encourageant, donc, pour les perspectives sur le marché de l’emploi.

Depuis le 11 septembre, les mises à pied ont augmenté à un rythme effréné (aux États-Unis, on parle de 124 000 juste pour le mois de décembre!), surtout dans les domaines directement touchés par les attentats, comme en aérospatiale, dans le transport aérien et en tourisme. Mais, selon Annick Poitras, directrice de la recherche et de la rédaction au Groupe de recherche Ma Carrière, les contrecoups devraient s’estomper lentement, s’il n’y a pas d’autres attentats, bien sûr: "Le pire serait déjà derrière nous. Avant les événements du 11 septembre, l’économie tournait déjà au ralenti; on prévoyait alors une reprise au début de l’année 2002, qui sera simplement retardée à cause de cette crise."

Pour sa part, Joëlle Noreau est beaucoup moins optimiste quant à la relance de l’emploi au cours de la prochaine année. "On s’attend à des données encore plus sombres. Notamment quand on regarde ce qui se passe aux États-Unis, il devrait y avoir des répercussions ici. Notre grande ouverture commerciale fait en sorte que 85 % de nos produits s’en vont là-bas. Quand les États-Unis ont le rhume, il ne faut s’étonner qu’on tousse nous aussi!"

Dans d’autres secteurs, on sentait déjà une baisse, et ce, bien avant les attentats. Dans le domaine de l’informatique et des technologies de l’information, la situation n’était pas très rose. Les compagnies Internet ou les fournisseurs d’équipement informatique (pensons, entre autres, à Nortel), qui faisaient auparavant des affaires d’or, ont connu des difficultés majeures depuis l’effondrement du NASDAQ à la fin de l’année 2000. "La "baloune" a pété, lance le conseiller d’orientation, Mario Charette. Après la chute de la Bourse, on s’est aperçu qu’on avait trop embauché. Cela a eu un impact majeur. On a constaté qu’on avait des modèles d’affaires qui ne fonctionnaient pas, et qu’on avait des gens qu’on ne pouvait plus payer." Pour Mario Charette, la situation devrait se replacer prochainement, car il y a encore des innovations technologiques à implanter, ce qui créera des emplois. Cependant, la ruée vers l’or est bel et bien terminée.

Si ça va mal dans plusieurs secteurs, il y en a d’autres où les choses vont étonnamment bien. Comme le remarque Mario Charette, certains employeurs, qui n’engageaient plus depuis au moins 20 ou 25 ans, ont dû se rendre à l’évidence: il faut assurer une relève aux travailleurs qui partent à la retraite. Et les besoins sont particulièrement criants dans la fonction publique (les gouvernements fédéral et provincial ont d’ailleurs lancé de grandes campagnes d’embauche) et dans la construction résidentielle, qui devraient voir une grande partie de leur effectif s’envoler au cours des prochaines années. "En construction, justement, on parle même d’engager des femmes et des personnes avec une faible scolarité, des réalités qu’on n’avait jamais vues avant", explique Mario Charette, en spécifiant que la situation démographique est l’un des facteurs qui vont sûrement relancer l’emploi.

Comme la population québécoise est de plus en plus âgée, les besoins en santé devraient également s’accroître. Par ailleurs, un domaine qui semble moins favorable qu’on ne l’aurait cru, c’est l’éducation. Bien que plusieurs professeurs ont quitté l’enseignement, les jeunes diplômés auront tout de même de la difficulté à se dénicher un emploi dans ce secteur. Puisqu’il y a maintenant de moins en moins d’élèves à cause de la dénatalité, les besoins en main-d’oeuvre sont donc beaucoup moins grands qu’on le pensait.

Malgré tout, Annick Poitras souligne que la situation de l’emploi au Québec n’est peut-être pas aussi catastrophique que celle que vivent en ce moment les États-Unis. Pour l’instant, Emploi Québec a noté seulement deux baisses des embauches en 2001, une performance, somme toute, assez respectable compte tenu des événements. "Notre économie est beaucoup plus diversifiée qu’elle était lors des dernières récessions. On serait mieux outillé pour faire face aux temps plus difficiles. On est plus solide qu’il y a quelques années, c’est certain."