Les entreprises et les universités québécoises s’accordent pour dire qu’un manque important de travailleurs qualifiés en microélectronique et bio-informatique se profile à l’horizon. Idem en ce qui concerne l’intelligence artificielle et les télécommunications. Portrait des professions d’élite liées aux technologies du futur.
Même avec des revenus annuels de cinq milliards de dollars, les 88 entreprises de l’industrie microélectronique québécoise peinent à prendre de l’expansion, en raison du manque de candidats compétents. Au niveau pan-canadien, plus de 18 200 diplômés seront nécessaires pour répondre adéquatement aux besoins de ce marché, au cours des cinq prochaines années. Or, les universités du pays prévoient n’en former que quelque 5000.
La reprise économique qui s’annonce pour 2002 laisse croire que les diplômés de ce secteur trouveront facilement un emploi dans les années à venir, estime Jean-Guy Fournier, directeur des ressources humaines d’IBM à Bromont.
"Malgré le ralentissement économique, la microélectronique est un secteur d’avant-garde qui va connaître une expansion considérable", affirme M. Fournier. Une opinion partagée par Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal. "Aussitôt que la demande économique va reprendre, les diplômés se trouveront facilement un emploi, bien rémunéré", dit-il.
La microélectronique consiste, entre autres, à développer et assembler des matériaux qui prendront la relève des composantes qui se retrouvent dans les appareils électroniques actuels.
Depuis les 20 dernières années, le secteur des biotechnologies connaît aussi une forte croissance au Québec. Une étude réalisée pour le compte de BIOTECanada, en 1998, indique que 42 % des firmes de biotechnologies canadiennes se trouvent au Québec, ce qui représente 86 entreprises.
Les spécialistes du sous-secteur de la bio-informatique sont notamment très recherchés par une industrie dont les revenus annuels pourraient atteindre, au mieux, près de deux milliards de dollars d’ici 2005.
Selon Gertrude Burger, professeure au département de biochimie de l’Université de Montréal, la bio-informatique permet aux étudiants de développer une double compétence en informatique et en biosciences.
"Leurs connaissances sont essentielles pour l’analyse de données dans le domaine de la génomique, explique Mme Burger. Lorsque les techniques de séquençage d’ADN sont devenues plus complexes dans les années 80, le besoin de diplômés est devenu urgent."
Une étude du gouvernement du Québec, rendue publique en janvier 2001, révèle que la pénurie de chercheurs en bio-informatique transcende nos frontières. Intitulée La Bio-informatique au Québec, l’étude prévoit d’excellents débouchés dans les centres de recherche et les firmes de haute technologie. Ce que confirme Gertrude Burger. "La bio-informatique ouvre la voie à un cheminement de carrière des plus classiques: après leurs études, plusieurs spécialistes peuvent aspirer à une carrière internationale. Il n’est pas rare qu’ils prennent le chemin des États-Unis pour occuper des postes hautement rémunérés."
En guise de palliatif à cette pénurie, plusieurs universités québécoises ont mis sur pied de nouveaux programmes de formation. En septembre dernier, l’Université de Montréal accueillait 30 étudiants au premier baccalauréat en bio-informatique du pays. Pour leur part, l’Université de Sherbrooke et McGill recevaient les 50 premiers étudiants au baccalauréat en génie microélectronique.
Hormis ces deux secteurs, celui des télécommunications est en mesure de mieux se développer, à condition de compter sur un plus grand nombre de travailleurs compétents. Selon Sylvie Gagnon, porte-parole du comité sectoriel de la main-d’oeuvre en technologies de l’information et des communications, les entreprises du secteur de la photonique-optique ont plusieurs postes à combler.
"Au cours des dernières années, plusieurs villes nord-américaines ont été reliées au moyen de câbles de fibre optique pour échanger plus efficacement de l’information, explique Mme Gagnon. Dans l’avenir, il va falloir refaire la même opération à l’intérieur même des villes."
Une étude de Montréal International indique que plus de 75 % du trafic Internet en Amérique du Nord passe par de l’équipement de transmission et de fibre optique fabriqué à Montréal. L’industrie montréalaise des télécommunications emploie, à elle seule, quelque 40 000 travailleurs dont la fourchette salariale varie entre 42 000 $ et 60 000 $ annuellement. La plupart des collèges et des universités offrent des formations en télécommunications.
Alors que les jeux de hasard multimédias se multiplient, l’intelligence artificielle et ses applications sont aussi à surveiller. Jean-François William, porte-parole du Centre national d’animation et de design, affirme que "Montréal est devenue le chef de file incontesté dans le domaine des jeux avec 27 % du marché des jeux vidéo au Canada". Ce marché est maintenant évalué à plus de 700 millions de dollars.
En plus des entreprises du secteur que sont Ubi Soft, Softimage, Microïd et Kaydara, l’industrie lourde canadienne aura de plus en plus recours aux diplômés en intelligence artificielle. Selon le ministère de Ressources naturelles du Canada, cette industrie devra remplacer ses systèmes de robotisation actuels, afin d’être plus compétitive sur le plan international.