Entrepreneurs en herbe
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Entrepreneurs en herbe

Avec sa légalisation prévue pour octobre prochain, le cannabis inspire aussi les non-fumeurs. Zoom sur deux entrepreneurs qui ont flairé le bon filon.

Bière «gros pétard»

L’idée d’une bière au cannabis n’avait pas effleuré Martin Guimond, propriétaire de la microbrasserie montréalaise Le Saint-Bock, avant qu’un ami ne lui en parle. Ce dernier, avocat criminaliste qui a défendu plusieurs clients dans le domaine du cannabis, connaît bien le sujet. En janvier dernier, voyant venir la légalisation, il propose au brasseur de rencontrer deux entrepreneurs dans le cannabis pour réfléchir à la réalisation d’une bière. Pas question ici d’être gelé: la compagnie Cannabis and Grow fournit au Saint-Bock des extraits de «cannabis sans cannabis». «On en a retiré les substances hallucinogènes, explique Martin. C’est comme du café décaféiné: on a toute la saveur, sans les excès ni les substances nuisibles à la santé!»

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photo Dominic Gravel

L’équipe fait des essais pendant plusieurs semaines; c’est qu’il y a des centaines de sortes de cannabis, et autant d’extraits disponibles. «Ça goûtait vraiment le cannabis. Presque trop, en fait», se souvient le brasseur. Il commande donc une analyse chimique complète de ses bières à un laboratoire indépendant pour être sûr qu’elles soient aux normes. Finalement, sept bières différentes sont produites. Et les noms résultent d’un fin travail de recherche: la High-PA, la Gros Pétard (ainsi nommée en hommage à Dédé Fortin), la Fou-rire, la Munchies, la Pot Pas d’Pot… D’autres sont baptisées d’après le cannabis utilisé lors du brassage, comme la Pineapple Express ou la Jack L’Éventreur.

En tout, Martin investit près de 10 000$ dans le développement de ces produits. Il travaille notamment avec deux avocats sur les intitulés des bières, les étiquettes et les mots utilisés dans la communication. Actuellement, deux bières sont sur le marché et deux nouvelles sont attendues ce mois-ci. La réaction des clients? «Ils trouvent ça très bon, affirme le brasseur. On a une clientèle pas forcément consommatrice de cannabis, mais curieuse de goûter sans avoir à se droguer. Au Mondial de la bière, on présentait seulement deux produits, mais on a eu le kiosque le plus achalandé!» Au total, 6000 litres des bières au cannabis du Saint-Bock ont été mis sur le marché, et pratiquement tout est vendu à ce jour.

Et une bière au vrai cannabis, c’est pour quand? Le jour où ça sera légal, Martin prévoit une course des microbrasseries. «Mais ça m’étonnerait que de la bière au vrai cannabis soit vendue prochainement dans les bars. C’est une trop grosse responsabilité pour le propriétaire… Je ne suis pas contre, mais va falloir que ça soit bien encadré.» D’ici là, plusieurs brasseurs lui ont déjà demandé ses contacts pour obtenir des extraits de cannabis sans cannabinoïde – pas de chance, leur contrat est exclusif.

Quant à la rumeur selon laquelle Molson préparerait également une bière au cannabis, la brasserie l’a démentie – mais sans cacher un certain intérêt: «Il n’y a pas de volonté en ce moment de produire une bière. C’est un nouveau marché et on est en train d’évaluer les possibilités. On a regardé les coûts, les opportunités de développement, mais il n’y a pas eu de décision d’investir et de brasser une bière…» En attendant, le Saint-Bock prévoit un événement spécial le 17 octobre pour fêter la légalisation, avec une dizaine de lignes de bières prévues.

Crème au chanvre

Graydon Moffat, c’est une ancienne prof de yoga qui s’est reconvertie dans les cosmétiques en lançant sa collection éponyme de produits naturels. Elle propose notamment dans sa gamme The Putty, une lotion pour la peau qui utilise les propriétés apaisantes et anti-irritantes de l’huile de Cannabis sativa, ou encore un shampooing qui hydrate les cheveux et prévient les cassures grâce à l’huile de chanvre. Elle travaille aussi depuis un an et demi à mettre au point huiles, baumes, crèmes hydratantes, vaporisateurs et autres mélanges à base de cannabinoïde. «On a parlé avec plusieurs producteurs de cannabis pour voir qui serait le meilleur partenaire. C’est encore en développement…» indique Graydon.

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photo Antoine Bordeleau

L’atout du cannabis pour elle, c’est sa propriété anti-inflammatoire, dans la mesure où la plupart des problèmes de peau (acné, psoriasis, eczéma…) sont causés par des inflammations. «Ça serait super d’utiliser un cannabinoïde comme le CBD pour soulager les inflammations topiques en réduisant les rougeurs, les squames ou la douleur. Le monde se porterait tellement mieux sans crème cortisone!» Dans le domaine de la santé, une chaire de recherche sur le cannabis médical a d’ailleurs été créée à l’Université de Sherbrooke pour étudier toutes les vertus de la plante, qui seraient nombreuses. Pas étonnant que l’industrie des cosmétiques soit sur le coup.

Graydon mène ses recherches avec précaution, notamment par rapport à la législation sur le cannabis. «Il faut faire très attention. J’ai plus d’une vingtaine de produits et je n’ai pas envie de mettre toute ma gamme en danger à cause d’un seul d’entre eux. Il y a toujours eu une zone grise au Canada, des gens qui travaillent en cachette sur le cannabis dans des dispensaires… Mais le futur de cette plante a commencé récemment à changer. Et je veux vraiment être un des chefs de file dans ce domaine.» Une file qui s’allonge; Aurora, l’un des plus gros producteurs de cannabis au Canada, a annoncé il y a quelques mois vouloir lancer une gamme de produits pour la peau infusés au CBD.

Graydon parle d’un «beau mouvement», bénéfique autant pour les consommateurs que pour les entreprises de cannabis, et auquel elle sent les clients très réceptifs. Des industries qui augmentent considérablement le bassin de consommateurs de cannabis: «Il y a différentes sortes de consommateurs, et pas seulement le cliché des hippies qui fument. C’est une chose de fumer le cannabis, c’en est une autre de le mettre sur sa peau», souligne l’entrepreneure.

«Le secteur des soins de la peau est une industrie à 900 milliards de dollars, et celui du cannabis est en pleine floraison. Marier ces deux industries, c’est créer des perspectives exponentielles en termes d’affaires, mais aussi en termes d’aide aux gens. Pour moi, c’est orienté vers la beauté, car c’est ce que j’aime, mais il y a de la place pour d’autres produits de niche, pour lutter contre la douleur musculaire par exemple, ou contre les gênes et douleurs lors de relations sexuelles… Je pense que d’ici cinq ans, le marché va être envahi! Et ça va rendre le Canada encore plus spécial…»

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