Vie

Atelier du Presbytère : L'étoffe du temps

À l’Atelier du Presbytère, une panoplie d’objets récupérés ou détournés atteste la passion des propriétaires pour la petite histoire… et les vieux linges.

L’Atelier du Presbytère n’a rien d’un musée. Et ses propriétaires, Thierry et Françoise Méchin-Pellet, ne sont pas des antiquaires. Plutôt des touche-à-tout qui redonnent une nouvelle vie à des tissus ou des objets anciens. Il y a là des meubles-armoires d’apothicaire ou ardoises de cuisine que Thierry a recouverts d’une patine naturelle. Il les a rendus lisses, purs, lumineux. Il y a aussi des rideaux, des housses de cahiers, des tabliers et des sacs pour tout (pour les bêtises, les épices, les bobos…) qui ont été confectionnés par Françoise à partir de linges français anciens datant de 1879 à 1920. Depuis que la boutique a ouvert en mai, le couple est retourné une fois en France pour dénicher ces linges (et prendre des vacances, évidemment). C’est que les tissus anciens ont été soigneusement entreposés dans les armoires et transmis de mère en fille pendant des générations.

BRIBES DE PATRIMOINE

Ils racontent une histoire, ces linges. Étoffe par étoffe, ils parlent d’un temps d’avant l’industrialisation et les métiers à tisser tous pareils. Une époque où chaque tissu était unique, où les femmes brodaient le soir au coin du feu, préparant draps de baptême et draps d’accouchement en guise de dot pour une future mariée. Aujourd’hui, ces vestiges des trousseaux anciens reconvertis en objets de design conservent leur élégance d’origine. Normal: "Avant, on n’utilisait que du coton et du lin, il n’y avait pas de polyamide, affirme Thierry. Ce sont les fibres naturelles qui donnent aux tissus cette tenue et cette classe. Et puis, mon épouse fait des choses assez monacales." D’où le côté sobre, empesé et propret qui imprègne la boutique… Comme si on venait de mettre le pied dans une coquette maison provençale tout droit sortie des pages d’un magazine de déco.

QUELQUES ANNÉES EN PROVENCE

Récupération, tissus naturels, travail artisanal… C’est la formule que les Méchin-Pellet ont adoptée, et c’est celle qui marche en ce moment. Sauf qu’ils s’y sont mis il y a plus d’une douzaine d’années, avant tout phénomène de mode. À l’époque, ils venaient de prendre une année sabbatique pour se reposer de Paris et déménager dans le Sud de la France. Thierry avait été ensemblier-décorateur pour Roche-Bobois, et Françoise avait étudié les langues, avant de suivre une formation en couture. Une fois en Provence, entre les boules et le pastis, ils ont décidé de se lancer dans le textile. "Mais les tissus qu’on trouvait n’avaient pas de tenue. C’était "mouligasse", comme on dit dans le Sud", raconte Françoise. En même temps, ils achetaient pour eux-mêmes des draps anciens dans les brocantes. À ce moment-là, les tissus anciens ne valaient pas grand-chose: ils se vendaient au poids. Mais quand Françoise s’est mise à tailler dedans et à exposer ses créations dans un salon d’artisanat, celles-ci ont fait fureur. Ils ont fini par ouvrir une première boutique dans une petite rue pavée, dans un village à côté de Saint-Rémy-de-Provence. Le succès ne s’est pas fait attendre: entre les articles élogieux dans Côté Sud et Town & Country, des autocars complets remplis de touristes débarquaient.

"En Provence, on avait tout: le boulot, les copains, le soleil, le pastis, les boules… Mais au bout de quelques années, il y a une lassitude qui s’est installée", racontent-ils. Quand ils n’avaient pas à se préparer au prochain salon d’artisanat, ils devaient combler les commandes des professionnels et les besoins des particuliers. Ils devaient tenter de se tailler une place parmi les "clans" en décoration ("on avait la trentaine et on côtoyait des gens qui avaient des années d’expérience derrière eux, et qui étaient sur la défensive") et penser à l’expansion. "Avec le tournant qu’on prenait, il aurait fallu qu’on fasse de la sous-traitance en Inde ou en Chine, comme tout le monde, dit Thierry. Mais on ne voulait pas passer notre temps dans les avions et on voulait garder une petite structure." Les voilà donc dans le pays de la neige et du froid, avec leur boutique tout ensoleillée et leurs objets qui en disent long sur le temps d’avant. La tête pleine de nouveaux projets (une ligne de vêtements, pourquoi pas?), mais avec une envie qui reste: ne pas faire fabriquer ailleurs. Et continuer à utiliser le tissu ancien, imprégné d’histoires.

Atelier du Presbytère
1810, rue Notre-Dame Ouest
Tél.: 514 448-1768