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Vie

Un jardin en ville : Montréalais, à vos jardins!

Cultiver ses carottes, ses tomates et son persil sur son balcon, c’est possible. Une démarche économique, écologique et esthétique à la portée de tout le monde, quel que soit l’espace dont on dispose. Les Américains s’y mettent, alors pourquoi pas nous?

En période de crise, cultiver soi-même ses légumes, ce n’est pas du luxe. Les Américains l’ont compris, eux qui reprennent le chemin de leurs jardins privatifs en masse pour subvenir à leurs besoins en fruits et légumes. Des "jardins de la récession", comme on les appelle désormais, fleurissent un peu partout, en banlieue mais aussi en ville: les listes d’attente pour les jardins collectifs explosent, et l’Association nationale américaine du jardinage prévoit une augmentation de 19 % de la culture des jardins privatifs en 2009.

À Montréal, la tendance est déjà bien amorcée, et les jardins communautaires sont devenus aussi accessibles que le saint Graal. Du coup, plusieurs solutions de rechange ont vu le jour pour favoriser le développement du jardinage au-dessus du sol. Balcons, terrasses, toits, tous les espaces sont aujourd’hui de potentiels terrains de jeu pour cultivateurs amateurs ou avertis. "Les possibilités sont infinies. Tout dépend de l’imagination et de la créativité des jardiniers. Des heures de plaisir", lance Ismael Hautecoeur, chargé de projet Jardins sur les toits pour l’organisme Alternatives. Le projet, qui a vu le jour en 2003, vise à encourager l’implication citoyenne dans le développement de nouveaux espaces verts, comestibles et communautaires. "Tout est accessible en ville pour produire", dit Ismael, qui ajoute: "Le jardinage à petite échelle apporte de la détente, permet de redécouvrir les saisons, d’embellir l’espace, et même d’améliorer son microclimat."

Trop chaud sur le balcon? En plantant des haricots qu’on fait grimper sur un garde-fou, on s’assure une belle récolte dès juillet… et de l’ombre pour la belle saison. "C’est archi-simple, la plante peut se rendre au deuxième étage en un été, et en plus elle fournit de l’azote aux autres plantes." Et c’est beau: "Le feuillage est magnifique, certaines espèces, comme les haricots rouges d’Espagne, donnent des fleurs qui attirent les oiseaux-mouches." Les plants de maïs sont intéressants au même titre ornemental, dixit Ismael, qui est aussi architecte paysagiste. Son conseil pour débuter? "Il faut commencer par planter ce qu’on aime et aller vers les choses simples, comme les tomates par exemple, les haricots grimpants, les courges, les poivrons, les cerises de terre ou les salades, qui sont très faciles d’entretien et très pratiques: on récolte les feuilles extérieures et hop, dans l’assiette!"

BACS CLÉ EN MAIN

Seul bémol: la plupart des légumes et des fruits requièrent des conditions ensoleillées pour s’épanouir, ce qui n’est pas toujours le cas sur les balcons montréalais. Alors pour optimiser vos chances de réussite, l’association vend des bacs clé en main avec réserve d’eau de 14 litres, ce qui permet d’arroser une fois par semaine au lieu d’une fois par jour, parfait pour les cultivateurs du dimanche. Même type d’initiative du côté des Urbainculteurs, un organisme à but non lucratif qui propose notamment des ateliers de formation et vend un bac spécialement conçu pour le jardinage de ville, offrant "des conditions optimales de croissance, avec des résultats de deux à trois fois supérieurs à ce qu’on obtient en pleine terre", dixit Marie Eisenmann, cofondatrice de l’organisme. "Carottes, radis, haricots, betteraves: en jardinant, on redécouvre des centaines de variétés de légumes." Le bac, développé par l’entreprise montréalaise Biotope, en collaboration avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, est fourni avec une formation de base en jardinage et des fiches techniques sur chaque légume pour aider les apprentis jardiniers.

Et la pollution dans tout ça? Cultiver sur son balcon, c’est bien, mais nos légumes auront-ils pour autant un goût de pot d’échappement? "Il n’y a pas nécessairement plus de pollution en ville qu’à la campagne, quand on sait le nombre de produits chimiques auxquels sont exposés les légumes cultivés par l’industrie, note Marie. Il suffit de les laver, pour en retirer la poussière." Pragmatique, Ismael va même jusqu’à ajouter: "C’est bien si, grâce au jardinage, on commence à se poser de sérieuses questions. Quand il y a un épisode de smog, on attend juste que ça passe, et rien ne change. Mais lorsqu’il s’agit de l’alimentation, là, on se sent plus concerné, c’est plus concret. Ceci étant, la plante agit comme un filtre, donc, non, il n’y a pas de danger de s’intoxiquer!"

www.urbainculteurs.org
www.lesjardins.ca

Pour les semences: marché Jean-Talon, Marché Central, marché Atwater ou le Jardin botanique, pour les échanges de semences.