Vie

BIMAM : Rien ne se perd quand on crée

Entremetteur entre les artistes et les entreprises désirant se débarrasser de matériaux industriels, le BIMAM est une agence de placement qui contribue à la création d’oeuvres d’art.

La beauté est dans l’oeil de celui qui regarde. Là où un gestionnaire d’entreprise voit des rebuts mûrs pour un aller sans retour, un artiste visualise déjà son prochain chef-d’oeuvre. La vie étant ce qu’elle est, les deux protagonistes ont peu de chance de contempler le même objet en même temps au même endroit. D’où l’invention de la Banque interactive de matériaux pour les arts de Montréal (BIMAM). D’une simplicité désarmante, l’outil propose aux industries, commerces et institutions désireuses de se débarrasser de pièces devenues inutiles de les afficher sur le site www.bimam.qc.ca. Les artistes à la recherche de leur matière première font ensuite leurs emplettes à travers ces petites annonces classées nouveau genre.

Si le coup de foudre a lieu, le premier est débarrassé de son fardeau en épargnant ainsi les frais de disposition. Le second doit se charger d’aller cueillir son dû et tout le monde est content. "Il y a parfois un délai entre la récupération de la matière et la création de l’oeuvre, mais pour certains projets, les donateurs ont pu apprécier le résultat. Ça a été le cas pour les élèves de l’école primaire de Villeray qui ont fabriqué une immense mosaïque à partir de morceaux de céramique", explique la directrice générale de MAM, Nadia Bini. La contribution à l’environnement par cette initiative est non négligeable et surtout, comptabilisable. Une tonne de matières récupérées équivaut à 0,8 tonne de carbone non générée. Les entreprises peuvent ainsi trouver une solution concrète à des problèmes soulevés par leur propre comité d’environnement. "Les citoyens ont accès à plusieurs ressources pour se débarrasser de leurs déchets non recyclables, mais c’est souvent plus compliqué pour les industries. On ne parle pas d’intérêt économique, mais simplement écologique!"

MATERIAUTHÈQUE ?

Pourquoi ne pas y avoir pensé avant? Il faut dire que le stratagème existe à New York depuis plus de trente ans maintenant. Le MFTA (Materials For The Art) fournit aujourd’hui 3000 organismes artistiques grâce à une banque de 5000 entreprises donatrices. On est encore loin du compte à Montréal (150 membres seulement), mais ces données permettent de rêver à un système efficace où les oeuvres créées pourraient être exposées dans un futur entrepôt consacré au MAM. En attendant cette matériauthèque, on peut se tenir au courant des initiatives du même genre lors de l’exposition 3R au Centre des sciences dans le cadre de la Semaine québécoise de réduction des déchets. "Nous ne participons pas spécifiquement à la journée d’activité le 18 octobre, mais pour nous, chaque semaine en est une de réduction de déchets!" ajoute Nadia Bini.

Avis aux artistes, sur le site de BINAM, on trouve actuellement de la céramique, de l’argile, des cds usagés, des chaises de plastique, etc. "Nos donateurs ont à disposer souvent de matières récurrentes. On veut vraiment développer notre communauté pour que le projet prenne de l’ampleur et que tout le monde trouve son compte", conclut la directrice générale de MAM.

www.bimam.qc.ca