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Maryla Sobek : Vêtements habitables

Architecte et styliste, Maryla Sobek, aussi professeure à l’École de design de l’UQAM et à l’École supérieure de mode de Montréal, présente Taller: objet-vêtement, une collection d’"objets-vêtements" inspirés de l’architecture vernaculaire des Dogons du Mali.

Voir la Vie: Pourquoi avoir établi un lien entre la mode et l’architecture?

Maryla Sobek: "J’ai eu une formation à la fois d’architecte et de designer de mode. Alors ensuite, lors de mon doctorat en histoire de l’art, j’ai trouvé intéressant de faire porter ma thèse sur les parallèles qui existent entre l’architecture et le design de mode, tant au plan de la structure que de la symbolique des objets créés. Des années 1950 aux années 1990, j’ai identifié des édifices et des créations de mode emblématiques de leur époque et présentant des dénominateurs communs. L’enveloppe extérieure cintrée en son milieu de la cathédrale Nossa-Senhora-Aparecida, construite par Oscar Niemeyer, rappelle le New Look de Christian Dior. Le style de Rei Kawakubo (Comme des Garçons) renvoie aux formes asymétriques et organiques du musée Guggenheim de Franck Gehry. J’ai ainsi pu créer une grille de convergences en établissant des parallèles entre leurs formes, leurs structures et les matériaux utilisés."

Avez-vous utilisé cette grille pour concevoir votre collection?

"Oui. En fait, j’ai voulu prouver que cette méthode de travail n’était pas que théorique. Mon but est aussi de proposer de nouvelles perspectives au design de mode. Aujourd’hui, la mode occidentale est dans une impasse. On excelle dans les techniques de coupe, mais on ne fait qu’imiter les styles des décennies passées. À l’instar des défilés de mode, le vêtement est devenu un objet de spectacle, plutôt qu’un vecteur de création. Je veux utiliser mon expérience pour explorer de nouvelles pistes. Et puisque nos sources créatives ne nous stimulent plus, j’ai pensé me tourner vers des modes de création plus élémentaires. C’est là que j’ai eu l’idée d’utiliser ma grille de convergences pour l’appliquer à l’architecture vernaculaire des Dogons, parce que celle-ci est souvent citée comme étant à la fois à taille humaine et logique."

Comment avez-vous procédé?

"J’ai passé un mois au Mali pour étudier la structure de ces constructions vernaculaires, dessiner leur plan, m’imprégner de leur esthétique et analyser les combinaisons de matériaux utilisés. De retour à Montréal, j’ai redessiné les façades des greniers à mil en ramenant leurs dimensions à des proportions humaines. J’ai décortiqué la composition du toit des togunas (espaces de rencontre). Je me suis inspirée aussi de certaines structures de construction, comme celle en croix des greniers, qui m’a donné l’idée de construire un vêtement fait de quatre bandes de tissu formant une croix et qui peut se porter de 19 façons différentes (veste, manteau, jupe, etc.). Cette créativité de forme, qui se répercute dans une créativité d’usage, s’est combinée également à une créativité au plan de la matière. Reprenant l’idée de la simplicité des matériaux (argile, paille, excréments) et des outils des Dogons, j’ai construit le tissu de mes vêtements comme une superposition de différentes couches de crin de cheval, de voile de soie et de fibre de laine. Tout est assemblé par un procédé novateur de fusion, sans aucun point de couture."

Comment allez-vous présenter votre collection?

"Ces vêtements étant polymorphes, tant en ce qui concerne leurs usages que leurs sources d’inspiration, il fallait pouvoir en raconter l’histoire par d’autres moyens qu’une simple exposition, comme la photographie et la danse. On a donc fait appel au photographe Normand Rajotte pour rendre compte de la multiplicité des formes que ces créations peuvent prendre. Et pour en raconter le processus créatif et interprétatif, le réalisateur Félix Dufour-Laperrière a filmé la danseuse Sarah Dell’Ava dans cinq chorégraphies narratives, composées par la professeure de l’UQAM Manon Levac."

Taller: objet-vêtement
Du 9 septembre au 2 octobre
Vernissage: le 9 septembre à 19 h
À la maison de la culture Maisonneuve (4200, rue Ontario Est, Montréal)