Expo : Manger au figuré
Vie

Expo : Manger au figuré

L’artiste Makwanda présente à Montréal une exposition multidisciplinaire, avec pour thème le verbe «manger». Via la photo, la philosophie et la performance, l’action de manger passe dans d’autres réalités…

«La beauté sera comestible ou ne sera pas.» C’est de cette affirmation de Dali que Matisse Makwanda – Makwanda de son nom d’artiste – est parti pour créer son exposition (Manger). Makwanda a à peine 25 ans, de longues dreadlocks dont certaines sont teintes en blond, de nombreux bijoux et des vêtements plein de couleurs. Il a commencé la photo il y a trois ans et depuis il ne se passe pas une journée sans qu’il ne capture des images. Le résultat, il est exposé à l’Espace Scudéri, à Montréal, jusqu’au 23 juillet prochain.

Le concept de (Manger) est un peu flou, dingue et très contemporain, mais l’expo vaut le détour. Les 33 œuvres montrent des photos très travaillées, dont la netteté et les couleurs renvoient aux influences de la formation en marketing de Makwanda. Son rapport à l’alimentation? «Je suis plutôt gourmand, j’aime manger. J’aime regarder longtemps les assiettes avant de les manger. J’aime manger le désir…» Ses photos et leurs mises en scène vont ainsi «chercher la réalité du rêve» et sont dans le figuré, l’imagination. On y mange à différents niveaux.

«Tout le monde mange, tous les jours, et si ce n’est pas le cas on a un sérieux problème. Manger est donc un thème universel, explique le photographe. Mais ensuite, comment des ustensiles de cuisine ou des aliments peuvent prendre une toute autre connotation? C’est ce que j’explore dans (Manger); j’explore la dimension du rêve dans ce thème. S’il parle à tout le monde, il passe ici par mon prisme culturel et par celui de ma psyché. Ce qui permet de voir mes obsessions…»

Parmi ses obsessions, les couverts, intermédiaires «à la fois triviaux et nobles» entre l’assiette et la bouche. Makwanda transporte souvent avec lui une cuillère ou une fourchette, éléments d’un ensemble de coutellerie hérité de sa mère et qui ont été ses premiers sujets de photographie. Il créé aussi rapidement sa propre mythologie et son symbolisme, entre le sel, les fruits ou les mains, très récurrents dans ses images. En parlant de mythologie, on voit aussi apparaître dans certaines photos Horus, Isis et d’autres personnages. «Je mange des mythes pour digérer la connaissance…»

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Crédit: Pierre Dury

Manger dans tous les sens

Mais il n’y a pas que de la photo. «Makwanda» signifie «celui qui rassemble» en lingala, et l’artiste veut honorer cette tradition «génétique»: il a ainsi rassemblé d’autres disciplines et artistes autour de lui. L’expo comprend neuf événements, dont quatre performances aux titres aussi énigmatiques et culinaires que «Digère ton narcissisme» ou «Cuire à feux doux», qui rassembleront 13 artistes. Pendant «Le Banquet», Makwanda a fait ainsi discuter de philosophie en «mangeant dans tous les sens, en utilisant ses cinq sens».

Au programme: photos, mais aussi sculpture, court-métrages, sociologie des arts, massages, etc. Dix disciplines en tout composent (Manger). Pas de perspective politique ici – c’est presque rafraîchissant -, juste de l’onirisme sorti tout droit de l’imagination de cet ancien étudiant en création littéraire. On vit des expériences esthétiques différentes, et on mange avec l’esprit.

(Manger) est la première expo solo de Makwanda, qu’il a autofinancée. L’artiste avait notamment été publié dans le magazine Photo Solution pour son numéro Spécial Relève, ainsi que dans les archives du Centre international de recherches et études transdisciplinaires (CIRET). Il commence tout juste, mais il sort déjà de l’assiette, et il dévore dans tous les sens. À suivre.

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(Manger)

Espace Scudéri

1359, rue Sainte-Catherine Est – Montréal

Jusqu’au 23 juillet

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