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Destination ski: Jay Peak, Vermont : Skier dans l'abondance

Les Québécois ont le coup de foudre pour Jay Peak: l’achat de billets au pair, un personnel s’exprimant souvent en français, des sous-bois hallucinants et de la poudreuse à revendre sont autant de raisons de tomber irrémédiablement sous le charme.

«Nous sommes présentement dans l’impossibilité de vous répondre; nous sommes probablement en train de skier dans les vingt-quatre pouces de nouvelle neige tombés dans les dernières vingt-quatre heures…» Évocateur, le message du répondeur de Jay Peak, ce 1er février, laisse présager de beaux moments sur les pentes de la plus québécoise des stations de ski américaines. Voulant évidemment vérifier de visu – les messages tiennent parfois des propos exagérés -, nous avons bravé les conditions de route épouvantables et la terrible autoroute 10 afin de mesurer la densité des précipitations…
Jay Peak se découvre tout juste passé la frontière séparant les Cantons-de-l’Est du Vermont. Il neige en ce moment «à plein temps», si bien que l’on ne distingue pas la montagne. Après quelques kilomètres de grimpe et de virages, la station apparaît enfin. Quelques bâtiments sortis tout droit d’une photo des années soixante-dix encadrent le stationnement, qui déborde déjà… Nous sommes pourtant mardi, et il est tôt. Pas de doute, les mordus de poudreuse se sont bien donné rendez-vous à Jay.

Se poudrer le nez…
Le message téléphonique de Jay Peak ne mentait pas… Les skieurs jouissent ici de conditions extraordinaires. Car mère Nature a le poudrier généreux dans ce coin des States. En fait, la situation géographique de Jay Peak lui confère la «meilleure poudreuse» de l’Est de l’Amérique du Nord, selon les données du White Book of Ski Areas. En effet, cette bible accordant les «oscars de la neige» attribue à Jay Peak une moyenne de 330 pouces de neige annuellement (comparativement à 635 à Killington, 457 à Sainte-Anne et 366 à Mont-Tremblant). Imaginez le bonheur des skieurs!
Cette abondance s’explique par un phénomène baptisé «montée orthographique». Les deux montagnes constituant la station sont les plus nordiques des Green Mountains. Quand il y a tempête de neige, elles sont donc les premières à être frappées par les systèmes dépressionnaires qui se déplacent du nord-ouest sur un trrain relativement plat. Les sommets font obstacle aux systèmes, forçant les masses d’air vers le haut, ce qui crée de la condensation, donc l’épaississement des nuages. Résultat: les pentes de Jay Peak reçoivent des chutes de neige localisées, et il faut vraiment en faire l’expérience pour apprécier l’abondance de cette neige folle donnant lieu à des conditions de ski pas toujours faciles, mais fabuleuses!

Des investissements massifs
La qualité de la neige attire évidemment les passionnés de «farine». Afin d’alléger le trafic du côté de «Stateside» – la montagne la moins élevée, où l’on trouve plusieurs pentes de calibre expert très courues -, la station a investi quelque quatre millions de dollars l’an dernier. Ces «bidous» ont servi à la réalisation de la Green Mountain Flyer, la chaise quadruple débrayable la plus longue et la plus rapide de l’Est du continent.
Cette nouvelle remontée permet d’accéder plus facilement au Tramside et à un réseau de pistes absolument fabuleux. Elle peut aussi décourager les skieurs frileux, l’ascension de sept minutes se faisant face au vent! Pourtant, une fois engagé dans la descente, on oublie ce désagrément, car la variété des circuits, qui totalisent plus de quatre-vingts kilomètres de pistes, comble les skieurs de tout calibre. Les experts sont particulièrement choyés: Jay Peak compte en effet quarante pour cent de pistes de calibre intermédiaire, et la même proportion de pentes de calibre expert. Ces dernières portent un seul diamant noir; certaines d’entre elles sont toutefois extrêmes.

Des sous-bois, des sous-bois, encore des sous-bois
La réputation du ski de Jay Peak s’étend jusque dans ses sous-bois, près du tiers du domaine skiable de la station s’inscrivant dans une merveilleuse forêt mixte. La poudreuse agrémente ce domaine et les amateurs s’en donnent à coeur joie. Ils ne sont toutefois pas les seuls à pouvoir profiter de cet exercice follement délinquant: quelques sous-bois sont judicieusement tracés afin ‘attirer les skieurs de calibre intermédiaire qui en sont à leurs premières armes dans ce type de terrain.
Les mordus peuvent aussi inaugurer la journée en traçant les premiers sillons dans la neige encore vierge; ou encore se prévaloir de randonnées hors piste guidées, dans les secteurs les plus impressionnants de la montagne, comme The Dip, Beyond Beaver Pond et d’autres secrets bien gardés… entièrement couverts de neige naturelle. Il suffit de se renseigner auprès de l’école de ski de la station pour entreprendre ces excursions hors des sentiers battus.
Mais le plus beau dans tout ça, c’est que la station vermontoise accepte l’argent canadien au pair. Les prix sont donc affichés en dollars américains et canadiens. De surcroît, plusieurs employés-clés de la station s’expriment dans un français plus que correct. À Jay Peak, il n’y a donc plus de frontières… ou presque!_
Renseignements (la station offre aussi des forfaits comprenant l’hébergement): 1 800 451-4449, ou dans Internet au www.jaypeakresort.com.