Vie

L’École de cirque de Verdun : Question d'équilibre

S’évader de la routine? Facile! À Verdun, sous les halogènes de l’ancien aréna, ce sont des hu! et des ha! qui résonnent plutôt, que le crissement des patins sur la glace. Depuis 1989, l’École de cirque de Verdun a remplacé le hockey dans cet antre du Gatorade et de la sueur.

Chaque année, près de dix mille jeunes et moins jeunes envahissent l’ancien aréna de Verdun afin de tâter à la jonglerie, aux échasses, au trapèze, au trampoline, etc. «Nous recevons des classes d’enfants, mais aussi des entreprises pour des journées d’initiation aux arts du cirque», dit Daniel Waddell, conseiller technique de l’École de cirque de Verdun. Voilà une belle occasion de découvrir ce monde dont on n’aperçoit souvent que le «produit fini», souvent sans comprendre les années de travail associées aux performances des artistes.
Dans le coin droit de l’arène, une poignée de jeunes virevoltent sur le trampoline sous la supervision d’une professeure de l’École nationale de Cirque (ÉNC) – qui a fait ses classes à Verdun durant quatre ans avant de passer à l’ÉNC -, pendant qu’un groupe d’«adultes» se réchauffent en attendant Krysztof, le grand Québécois d’origine polonaise cofondateur de l’École de cirque de Verdun. La classe compte aussi d’autres jeunes motivés par des carrières. Mélanie Gusella, vingt-trois ans, et Nadine Labelle, vingt-cinq ans, s’exercent afin de présenter des spectacles de rues l’été prochain. Toutes deux sont spécialistes du «mains à mains». Tous ces élèves bénéficient des mêmes conseils, du même intérêt de Krysztof.
Passionné d’équilibre, de pirouettes, de discipline aussi, Krysztof est l’un des formateurs les plus respectés en arts du cirque au Québec. Sa carrière a démarré sur les chapeaux de roues au début des années soixante-dix, en Pologne. À seize ans, il enseignait déjà aux acrobates débutants de son pays. Il a travaillé avec le Nouveau Cirque national de Moscou, en 1978, puis dans d’autres pays d’Europe avant de venir au Canada, où le Cirque du Soleil l’a recruté d’abord comme artiste, puis comme formateur et consultant. En 1989, l’idée d’une école en terre canadienne se concrétise alors qu’il fonde, avec Michel Legault, l’École de cirque de Verdun. Avant eux, il n’y avait rien de tel en sol quéécois. C’est ce que m’explique Daniel, alors que Krysztof se joint à la conversation. On sent le sérieux de l’affaire, sous un sens de l’humour difficile à déchiffrer derrière l’accent est-européen très prononcé du maître de céans.
«Nous sommes la seule école de ce genre ici, explique-t-il. Nous sommes un trait d’union entre le Cirque du Monde et l’École nationale de Cirque.» Le Cirque du Monde est ce programme créé par le Cirque du Soleil pour rendre les arts du cirque accessibles aux plus démunis. Le programme s’adresse aux jeunes marginaux qui, autrement, n’auraient que la rue comme terrain de jeux. Pour plusieurs, il s’agit d’un tremplin. Mélanie Gusella et Nadine Labelle sont issues de ce programme. Elles ont eu la piqûre et n’en démordent plus. Spécialistes du mains à mains, une discipline où l’équilibre et la force physique sont très importantes, elles continuent leur formation ici. Elles n’ont pas l’ambition de se rendre à l’École nationale de Cirque, LA grande école qui forme notamment les artistes du Cirque du Soleil.
La mission de l’École de Cirque de Verdun consiste à démystifier les arts du cirque en en faisant une activité récréative, pratiquée avec l’unique objectif de s’amuser, de se divertir. Parmi ceux qui s’entraînent ce soir, André Mathieu se distingue du groupe. À le voir faire des pirouettes, des grandes roues et des sauts au sol, avec agilité et souplesse, on le croit dans la jeune quarantaine. On sursaute lorsqu’il nous apprend, le plus simplement du monde, qu’il a cinquante-deux ans. «La gymnastique me donne du tonus, raconte-t-il. Je suis ici depuis l’automne dernier, et j’ai remarqué que mes performances s’améliorent dans les autres sports que je pratique (la natation et le ski).» Comme quoi il n’y a pas d’âge pour les jeux du cirque!
À l’École de Cirque de Verdun on peut également développer son talent, le mener jusqu’aux auditions de l’École nationale de Cirque. Quelques élèves possèdent cette ambition. D’ailleurs, au lendemain de notre rencontre, quinze d’ente eux se présenteront aux auditions de l’ÉNC. Marie-France Bougie est l’une de ceux-là. Étudiante en danse à l’UQAM, elle vient ici parfaire ses «acrobaties». «Krysztof nous apprend à exécuter les mouvements de façon à les rendre plus faciles et plus sûrs. Dans le numéro de danse acrobatique que je présenterai demain, il y a des mouvements-clés que j’ai appris ici.» Fébrile, Marie-France? Très. Pourtant, Krysztof est optimiste. La jeune femme maîtrise bien sa routine, et sa discipline est impeccable. Plus loin, Marie-France Mongeau, qui fréquente l’École depuis qu’elle est toute petite, prépare aussi son audition. «La plupart des élèves qui iront en audition demain ont pris congé aujourd’hui», explique Krysztof. Pas Marie-France. Sa détermination se lit dans ses yeux. Elle répète son numéro de «mains à mains» avec un ancien élève de l’École qui s’est recyclé… à l’université. Sa prestation est renversante. Sa formation à l’École lui donne une longueur d’avance sur les autres, car elle a l’habitude de se présenter sur scène. En effet, l’École forme, chaque année, une troupe qui se produit à l’occasion du Festival de Jazz…
Enfin, les autres élèves y vont pour le plaisir brut que procure cette forme d’entraînement. «Nul besoin d’être en super forme pour pratiquer les arts du cirque», précise Kysztof. C’est même une bonne façon de se remettre en forme. En tout cas, pour moi, c’est décidé, je m’inscris à la prochaine session de 14 semaines qui commence début avril. Les inscriptions se font du 27 au 31 mars… Joignez-vous à moi: plus on est de clowns, plus on rit!
Info: 768-5812