Vie

La Baie de Penobscot : Capitaines fantômes

Oubliez Kennebunk et Old Orchard. L’État du Maine a des havres bien plus reposants et si secrets que même les Mainers ne semblent pas les connaître. À six heures de Montréal, sur la côte: découverte d’une ville, d’une île et de ses fantômes.

À 200 km en amont de la trop célèbre Old Orchard Beach, la non moins célèbre route US 1, toute première highway du pays, traverse une série de villes aux noms qui ne figurent que sur une carte détaillée de l’endroit: Sandy Point, Stockton Springs, Searsport, Lincolnville, Camden. Toutes ces villes donnent sur la baie de Penobscot, dont on dit qu’elle a vu mouiller en son antre les plus grands voiliers du monde. Aucune trace d’arrogance ne se décèle pourtant dans l’entourage. Ni profusion de souvenirs shops. Ni relents de "clams" frits. On est dans le Maine au naturel: de l’eau, des îles, des bateaux, et des kilomètres de terre et de forêt inexploitées.

La légende raconte que Searsport aurait vu naître le plus grand nombre de capitaines de grands voiliers, per capita, du monde entier. Principal port de l’industrie du bois, au début du XIXe siècle, la ville voyait partir ses capitaines vers l’Europe, puis revenir au bercail avec des trésors en provenance des vieux pays: essences de bois rares, marbre, tissus, meubles, trouvailles diverses, dont ils se serviraient pour bâtir et orner leurs demeures principales. Plus justement: leurs domaines. On cherchera en vain une pancarte nous informant qu’on est arrivé à Searsport. Mais l’oeil avisé saura qu’il est rendu à destination quand commenceront à s’élever, en retrait de la route, ces majestueuses constructions, dont bon nombre sont aujourd’hui converties en B&B, et dont les jardins s’étendent jusqu’aux rives de l’océan: destinations de rêve pour quelques nuits, comme l’est également le seul camping de Searsport (Searsport Shores Camping Resort), où l’on peut planter sa tente à moins de 10 mètres de l’océan.

Les résidants sont très fiers de leur Captain’s houses, de même que des nombreuses boutiques d’antiquités qui jalonnent des deux côtés la US 1, et où l’on soupçonne que les arrière-petits-enfants des capitaines vont régulièrement porter quelques trésors de leur héritage dont n’a pas voulu le Musée. Searsport se fait discrète sur la baie de Penobscot. On y découvre entre autres un grand musée maritime (le Penobscot Marine Museum), avec ses 12 buildings présentant la surprenante petite histoire du coin. De plus, vous y trouverez les plus gros détaillants d’accessoires marins de l’État (Hamilton Marine) et un magasin vendant des kits de voiliers à coller (certains comprenant jusqu’à 3000 pièces!). De plus, Searsport dispose de deux parcs nationaux (il y en a environ une dizaine dans les environs, sur moins de 100 km; et c’est sans compter l’immense Acadia National Park, à une heure vers le nord) où l’on peut marcher, rouler à vélo, pique-niquer en bordure de mer.

Secrets d’État
Mais c’est pour ce qui est moins visible encore à partir de la route principale que Searsport est belle. Inutile de demander des renseignements aux passants, surtout aux plus jeunes, qui semblent inconscients des merveilles qui les entourent. En arpentant la route, en virant ici ou là, au hasard, patiemment, vous les trouverez.

Le premier s’appelle Sears Island: une île faisant près de 1000 acres de superficie, et qui est littéralement déserte. Aucun véhicule n’a le droit d’y accéder. On met environ quatre heures pour en faire le tour à pied. Ou alors, on la découvre en long et en large, solidement harnaché sur un vélo de montagne.

Le deuxième secret dépend de vous: il y a des kilomètres de plages, jonchées de petites roches et de galets, que seuls de rares promeneurs arpentent. Au coeur de juillet, on n’y a vu que quelques pêcheurs de maquereaux ici et là, plusieurs mouettes et des balbuzards pêcheurs qui semblaient surveiller d’un oeil moqueur les techniques humaines. Imaginez en septembre…

Le troisième? Le bruit court qu’un fantôme habite l’ancienne demeure d’un de ces capitaines au long cours, qui s’amuse de temps à autre à faire clignoter l’ampoule du grenier. Souhaitons que ça continue pour longtemps encore de garder les touristes éloignés…

On trouvera plus d’information sur la région, de même que les coordonnées des maisons de capitaines et du Searsport Shores Camping Resort à l’adresse suivante: www.acadia.net/searsport


Guides de voyage
par Josiane Lapointe

Paradis en construction
San Diego connaît depuis quelques années un nouvel essor économique qui apporte avec lui son lot de conséquences. Le boum immobilier est à ce point impressionnant qu’une organisation du nom de Paradise in progress a été créée dans l’unique but de "conseiller les résidants et les visiteurs afin qu’ils n’aient pas trop à subir les inconvénients que peuvent occasionner autant de travaux de construction en si peu de temps". Après Washington DC, Phoenix, et La Nouvelle-Orléans, Ulysse poursuit sa tournée des grandes villes américaines avec San Diego. Choix intéressant d’une cité qui s’est fait souvent damer le pion par ses légendaires voisines, Los Angeles et San Fransisco. Berceau de la Californie et contrée de l’opossum, sécuritaire, plus abordable et moins polluée que Los Angeles, San Diego vaut le détour, et ces 279 pages qui en dressent le portrait sont fidèles au style Ulysse: précision et pertinence.

San Diego, Ulysse, 279 pages, 17, 95 $

Beauté des îles
Le Sri Lanka s’est détaché de l’Inde à la fin de la dernière glaciation, il y a 20 000 ans. Cette île, que Francis de Croisset, auteur de la Féerie cinghalaise, appela "perle à l’oreille de l’Asie", nous est présentée magnifiquement à travers ce guide qui propose également un portrait des Maldives, une "guirlande d’îles" située à 670 km du Sri Lanka. Entièrement en couleur, et comptant près d’une centaine de photos, Sri Lanka et Maldives fait partie de la superbe collection Guides Bleus Évasion. Que ce soit la description de la grande parade des éléphants en passant par celle de la terre des épices ou de l’art de choisir son thé, il suffit d’ouvrir ce livre, et déjà le voyage est commencé. Pour les passionnés.

Sri Lanka et Maldives, Guides Bleus Évasion, 264 pages, 29, 95 $

Un p’tit creux?
"Pour vous mettre en appétit, quelques notes d’abord prises au crayon sur un coin de bar, comme il y a trente ans, quand les pains ronds n’avaient pas encore remplacé les sandwichs baguettes…". Ainsi commence la nouvelle édition du sympathique Paris casse-croûteproposé par Le Guide du routard. Boulangeries, pâtisseries, salons de thé et casse-croûte, que ce soit pour une "faim de soirée, sur un plateau, sur le pouce, en terrasse ou à la québécoise" (hé oui!), ce guide offre une carte et des adresses pour chacun des arrondissements. Si l’on préfère les bancs de parc aux tabourets, on vous propose même au passage les endroits où l’on peut tranquillement grignoter son sandwich à l’ombre d’un platane. À mettre sans hésitation dans son sac à dos.

Paris casse-croûte 2001/2002, Le Guide du routard, 263 pages, 14, 95 $

Mythes et réalités
Dans la tradition de qualité des Guides Bleus, sous le titre mythique de L’Inde des caravanes, voici un portrait vivant et documenté de deux provinces indiennes: le Rajastan et le Gujurat. Quelques parenthèses fort intéressantes telles que la passion des étoffes, Krishna l’enfant-dieu et l’art de vivre
des haveli viennent s’ajouter au guide proprement dit comptant plus de 28 cartes et plans et de nombreuses photos couleur. De plus, on retrouve dans le chapitre "Comprendre", qui propose un ensemble d’introductions présentant les divers aspects de l’identité indienne, la participation de Dominique Lapierre, journaliste, écrivain et auteur (La Cité de la joie et Cette nuit la liberté), qui signe ici un texte personnel et inédit intitulé Mon inde bien-aimée. Pour le rêve.

Rajasthan et Gujarat. L’Inde des caravanes. Guides Bleus, 445 pages, 44, 95 $

Faux papiers
On ne peut évidemment vérifier l’exactitude de toutes les informations contenues dans un guide de voyage. Cependant, à la lecture du Frommer’s sur l’Espagne, on aimerait bien que cet éditeur change son slogan pompeux, qui se targue d’être le "seul guide qui vous offre des informations fiables". Pour des infos fiables, il faudra repasser. Par exemple, on nous indique que, "en dehors de toute promotion, vous pouvez trouver un billet aller-retour Montréal-Madrid aux environ de 750 $C" (alors qu’il faut plutôt compter entre 950 $ et 1050 $…); et "que la compagnie espagnole Iberia organise deux ou trois vols par semaine Toronto-Madrid via Montréal" (alors que ce service est interrompu depuis plus de deux ans). Frommer’s vous promet de plus la découverte des bars à tapas les plus typiques de l’Espagne. Cependant, la tradition veut que l’on se promène d’un tasca (bar à tapas) à l’autre dans une même soirée, chacun ayant sa spécialité (l’un: c’est les crevettes à l’ail, l’autre: la tortilla, et ainsi de suite). Il est donc étonnant de ne découvrir qu’une couverture très limitée des tascas et, fait tout aussi déplorable, l’absence d’un itinéraire permettant d’en faire la tournée à pied, dans une même ville, comme le veut l’usage. Dommage, car ces petites tournées suffiraient à justifier un voyage en Espagne! Un guide donc relativement mince, malgré ses presque 700 pages, qui n’est peut-être pas le compagnon idéal pour le pays de Don Quichotte.

Espagne, Frommer’s, 683 pages, 34, 95 $