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Daniel Boucher: La Patente

Daniel Boucher
La Patente

Boucane Bleue, 2004

Cette question, plusieurs se la posaient: comment Daniel Boucher parviendrait-il à se réinventer? Comment le bum errant, le poète des temps gris devenu mégastar de la chanson populaire allait-il pouvoir ranimer son âme de bohème? Contre toute attente, Boucher a su tirer profit de cet état de fait en étalant ses incertitudes, en se regardant écrire ou peiner à le faire – sans complaisance – et en décrivant crûment le monde du spectacle et ses effets parfois dévastateurs sur celui de l’intime. Les jeux avec le langage demeurent efficaces (néologismes, morcellement, liberté totale avec une langue maîtrisée, harnachée), mais la structure semble moins exigeante, moins contraignante cette fois. C’est peut-être ce qui explique qu’il ait choisi de soumettre ses textes à un format rock assez audacieux, éclaté, le plus souvent en marge des structures convenues, tranchant radicalement avec le premier extrait proposé aux radios (Le vent soufflait mes pellicules) qui, quant à lui, servira de pont entre 10 000 Matins et les autres titres de La Patente. Daniel Boucher propose donc ici un surprenant essai qui consacre son aptitude à forger des mélodies qui s’incrustent instantanément dans l’esprit pour y rester, et ce, sans se plier à un format plus facile qui lui aurait sans doute permis de reconquérir sans peine son trône au panthéon des stars. Fidèle à lui-même, il se révèle non seulement grand parleur, mais aussi grand faiseur.