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Iggy Pop: Free

Iggy Pop
Free

Loma Vista, 2019

À 72 ans, qu’est-ce qu’Iggy Pop a encore à prouver, lui qui a écrit dans le sang les plus grandes pages du rock ‘n’ roll. Mais les losers magnifiques de son espèce s’écrasent tous en flammes un jour ou l’autre. Si l’Iguane n’a pas rejoint ceux tombés au combat, cela fait quelques années qu’il ne cherche plus à (s’auto)détruire. Iggy aspire à être libre, libre de tourner le dos à son furieux passé, libre de s’affranchir du rock et de ses clichés, libre de s’affirmer comme un septuagénaire qui n’a plus envie d’être l’ombre de ce qu’il était. Free, son 18e effort, donne l’heure juste. Celle d’un voyage qui s’achève, d’une réalité qu’on voudrait ne pas avoir à vivre mais qu’on doit bien accepter. Fataliste oui, monsieur Osterberg l’est un peu, mais il ne partira pas sans ruer dans les brancards. Ici, Iggy Pop reprend un peu là où il s’était arrêté avec son Post Pop Depression de 2016, sans singer ses albums berlinois mais en gardant une attitude frondeuse – défiante même -, tout en dévoilant une touchante fragilité.

En dix titres et une trentaine de minutes, l’Iguane passe d’un son rock épuré et sombre à un spoken word de fin du monde et quelque chose d’un peu plus jazzy et aérien où pointe le fantôme de Miles Davis. Aidé de différents collaborateurs, reprenant ici un poème de Dylan Thomas et là un de son alter ego Lou Reed, Iggy semble avoir trouvé enfin sa place sur Free, quelque chose entre ce qu’il est et ce qu’il était. Le résultat n’est peut-être pas toujours convaincant (combien d’albums depuis New Values (1979) l’ont réellement été?), mais l’ensemble demeure fort honnête et, surtout, crédible.