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Nick Cave & The Bad Seeds: Skeleton Tree

Nick Cave & The Bad Seeds
Skeleton Tree

Bad Seed Ltd., 2016

Le seizième album studio de Nick Cave & The Bad Seeds, avec ses pièces désincarnées, tumultueuses et empreintes d’une étrange noirceur ténébreuse, pourrait laisser croire qu’il a été entièrement enregistré suite à la mort tragique du fils de Nick Cave, Arthur, l’an dernier. Pourtant, c’est à la fin 2014 que Skeleton Tree a pris forme, avec quelques ajouts créés en studio fin 2015, en des temps plus dramatiques pour Cave et son entourage.

Skeleton Tree, un album d’une noirceur si opaque qu’elle en devient lumineuse, opère un changement de paradigme graduel dans le répertoire de Nick Cave, qui laisse désormais de côté le récit, le storytelling auquel il nous a habitués. La majestueuse et spirituelle Distant Sky en fait foi et profite de la contribution vocale de la soprano danoise Else Torp. Cette pièce, entre autres, invite à la réflexion, tout en ouvrant la porte pour accéder à une certaine paix intérieure que l’on retrouve habituellement peu dans l’oeuvre de Nick Cave, plutôt habitué à nous raconter des histoires aux protagonistes éphémères et aux écorchés vifs. Outre cet apport notable, Skeleton Tree profite à nouveau de la dextérité et de l’orchestration magistrale de Warren Ellis et de la bande des Bad Seeds.

De son côté, l’homme en noir aux cheveux de jais et à la démarche habituellement dandyesque se fait plus sombre encore – comme si cela était possible -, plongeant avec habileté et incertitude dans le drame qui a bouleversé sa vie, celle de sa famille et de son entourage. Les huit titres qui façonnent parfaitement Skeleton Tree se constituent en une litanie expérimentale où les arrangements signés Ellis sont amplifiés (Jesus Alone, Anthrocene, I Need You, Girl In Amber), soutenus par ses collègues, et mettent en valeur les textes de Nick Cave qui se réfugie derrière le piano et le micro.

Poignantes, les chansons de Cave demeurent teintées du processus de deuil et de résilience dans lequel le créateur est plongé, mais invitent aussi le mélomane à l’accompagner dans celui-ci, sans le rétrograder à la contemplation. Pour bien saisir l’ampleur du parcours créatif et des difficultés rencontrées tout au long du chemin, le documentaire One More Time With Feeling s’avère quasi essentiel. C’est à ce moment seulement que l’on saisit la paralysie créative et émotionnelle qui assaillait Cave, cherchant à aller de l’avant et à communiquer avec le monde extérieur.